Santa Barbara, Acte 2

Chapitre 36 : Mort ou vif...

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Et avec la participation exceptionnelle
de
Joan Collins dans le rôle d'Alexis Morell Carrington Colby Dexter Rowan
et de Patrick Duffy dans le rôle de Bobby Ewing

Géantes ces murailles bâties de pierres et de sang
Plus hautes que les batailles, défiant le poids des ans
Aujourd'hui quatre vents feraient s'envoler ses tours
Et l'on jurait avant que ça durerait toujours

Corons, terrils au nord, litanie des paysages
Aux vivants comme aux morts, la mine, histoire et langage
Ce charbon peine et chance, chaque mineur l'a vécu
Mais un jour ce silence, oh pas un ne l'aurait cru

Et j'avais fait des merveilles en bâtissant notre amour
En gardant ton sommeil, en montant des murs autour
Mais quand on aime on a tort, on est stupide, on est sourd
Moi j'avais cru si fort que ça durerait toujours
J'avais cru si fort que ça durerait toujours

 

Baie de Santa Barbara.

- Tu es certain que tu ne veux pas me raconter ce qu'il s'est réellement passé ?

- Que pourrais-je te dire ?

- La vérité, Mason. Simplement la vérité...

Installés sur le capot de la voiture de Mason, Julia et son époux admiraient la vue sur la baie de la ville. Il était près de 3 heures du matin. Julia attendait que Mason lui raconte les derniers événements.

- Après votre départ, mon père m'a téléphoné. Je l'ai retrouvé dans son bureau. J'ai une nouvelle fois dû affronter sa colère. A ses yeux, je suis responsable du retour en ville de ma mère. Julia, je peux t'assurer que jusqu'à ce qu'elle m'appelle, j'ignorais tout jusqu'à son retour... Quant à sa prise de contrôle de la société... Jamais je n'aurais pu la croire.

- Mason, nous savons tous les deux quelle folie peut s'ancrer dans l'esprit de Pamela !

- Peut-être... Alors quand je suis retourné à la villa bien après votre départ, Channing m'attendait de pied ferme dans le bureau. Il voulait un plan pour sauver les Entreprises Capwell... Je n'ai pas eu d'autres choix que d'accepter de ce curieux partage des biens. Etrange, pour la première fois, j'étais l'héritier de mon père ! Certes, mon héritage est partiel, mais je suis quand même son héritier.

- Mason, pourquoi ne nous avoir rien dit ? Tu savais pourtant combien Daniel et moi nous avons travaillé pour monter un stratagème...

- Je ne pouvais pas. Au début, je ne voulais pas m'impliquer. Renouer avec le passé, mon père contre ma mère. Avec moi, au milieu. J'ai assez donné, Julia. Je n'en peux plus de toujours avoir à justifier que je puisse avoir de la tendresse pour ma mère...

Julia resserra son étreinte contre le corps de son mari. Un peu plus tôt, ils s'étaient longuement embrassés dans la voiture, comme deux adolescents. Et Julia sentait Mason qui se rapprochait d'elle, depuis la tragique perte de leur bébé. Lentement, elle laissait courir ses mains sur son dos, et Mason, au travers du voile de sa chemise contre sa peau nue, pouvait ressentir pleinement le désir et l'amour de sa femme.

- Après, j'ai compris que j'avais là une chance d'aider Brandon... De faire en sorte que lui et son petit frère retournent vivre auprès de Gina, leur mère.

Julia se cabra et détacha son corps de celui de son mari.

- En échange du transfert de biens entre C.C. et ses héritiers, je l'ai obligé à renoncer à Brandon et au petit Creighton. Je l'ai même forcé à les laisser s'installer dans le pavillon des invités. Il n'avait pas d'autres choix s'il voulait conserver une grande partie de son empire...

- Pourquoi... Mason, pourquoi faut-il toujours que tu en reviennes à Gina ?

Mason se détourna et plongea son regard dans celui de sa femme.

- C'est là où tu te trompes, Julia. Je n'ai pas songé à Gina dans cette affaire. J'ai simplement voulu apporter la meilleure des solutions à Brandon et à Creighton. Ils ont assez souffert, je pense, d'être trimbalés d'une mère à une autre. Gina n'est peut-être pas la meilleure des mères, mais aux yeux de ses petites bouts, elle en est une, et c'est cela qui importe.

- J'espère que tu as fait le bon choix pour eux. Mais aussi pour nous, pour notre petite famille. Je ne t'apprends rien si je te dis que je n'ai aucune confiance en Gina. Et à présent, avec la disparition de Channing, je crains qu'elle ne veuille prendre le contrôle. En dépit de tout, elle reste la dernière épouse de ton père...

Julia se blottit dans les bras de son mari.

- Chéri, fais-moi oublier ces dernières semaines. Fais-moi l'amour là tout de suite, comme si nous avions 20 ans et que nous n'avions aucun problème...

- Bon voyage dans le temps !

Joignant la parole aux gestes, Mason, attira fermement Julia contre lui, l'embrassa avec passion et, face à la baie, ils unirent leurs corps comme tous les amants qui deviennent insouciants en ces moments de pur plaisir.

 

Villa Capwell.

Sophia Armonti se rua hors du taxi. Sans hésitation, elle avait pris le premier avion pour revenir à Santa Barbara, avec l'espoir de retrouver Channing vivant. Elle avait laissé Brick et les siens, de même que Lionel, au Canada, car son coeur n'ignorait pas que sa place était ici, auprès de celui qu'elle aimait.

Sophia sonna longuement à la porte de la villa, puis voyant que tous ses appels demeuraient sans réponse, elle prit la décision d'entrer. La lourde porte de bois était verrouillée. Sophia réalisa alors l'horreur qui planait au dessus d'elle : Channing Capwell, son Channing, avait peut-être perdu la vie dans cet accident d'hélicoptère. Sa détresse contenue depuis qu'elle avait été avertie de l'accident prit brusquement bien plus de consistance.

- Channing,... Mon Dieu, je vous en prie...

Sophia, se sentant défaillir, prit appui contre la porte. Ses forces fondaient comme neige au soleil. Et l'incertitude au sujet de Channing, à l'inverse, explosa dans l'âme et le coeur de Sophia. De lourds sanglots s'échappaient d'elle; Sophia était parfaitement incapable de se maîtriser. Elle se laissa glisser le long de la porte, sans force, sans d'autre conscience que l'absence de l'homme qu'elle aimait.

- Oh, Channing, reviens-moi, je t'en prie...

Des larmes, une peine immense, une impression de vide, une grande partie de sa vie, mille et un souvenirs s'écoulaient de Sophia. Au plus profond de sa chair, elle éprouvait avec certitude cet étrange sentiment que seuls possèdent les amants de ne plus être complète. Elle avait été entière. Aujourd'hui, elle ne l'était plus. Et elle ne le serait plus jamais. Son âme ne ressentirait plus ce sentiment de paix, cet apaisement au contact de celle de Channing. Plus jamais elle n'éprouverait la sensation d'éternité qui l'habitait lorsqu'elle se trouvait dans les bras de Channing.

- Oh, Channing que de temps avons-nous perdu pour rien. Tout ce temps... Par ma faute...

Sophia resta ainsi un long moment indifférente au monde, puisque l'axe de son univers venait de disparaître dans l'océan.

Lorsque sa conscience s'éveilla à nouveau, Sophia était incapable de quantifier le temps qui venait de s'écouler. Son être ne comptait plus les heures de la même façon, dans ce monde où Channing n'était plus.

Alors qu'elle restait assise contre la porte de la villa, son regard se perdit dans le parc, pour s'attarder sur le vieux belvédère. Une image flottante de Channing se devinait au travers du feuillage. Son être respirait, son Channing lui revenait. L'image que le temps lui renvoyait était celle de leur toute première rencontre. Channing se disputait avec Grant, son frère. Les deux hommes avaient échangé insultes et menaces. Puis, Channing l'avait fermement mis à la porte. Fou de colère, Grant avait quitté la villa en le maudissant.

Resté seul, Channing s'était laissé aller, alors que ses invités l'attendaient à l'intérieur de la villa. Sophia, de loin, avait pu assister à la souffrance de cet homme que tout le monde qualifiait d'inhumain, elle avait pu voir la profondeur de ses faiblesses. Ce jour-là, Sophia avait découvert Channing Capwell sans armure. Et l'homme, derrière le masque, lui plu.

En revivant ce vieux souvenir, le coeur de Sophia frissonnait, tant la morsure de l'absence était glaciale. Incapable de bouger, Sophia se perdit dans le passé.

 

Le pavillon des invités, villa Capwell.

L'agitation autour du pavillon des invités ramena Sophia à la réalité. Elle se leva et regarda en direction des bruits, avec l'espoir éperdu de revoir Channing.

- Non, c'est impossible...

Au lieu de revoir Channing, Sophia put observer Gina qui déballait ses affaires.

Retrouvant un peu de son courage, Sophia se rendit au pavillon, où Gina la vit arriver.

- Tiens, voilà le retour de notre veuve. Alors joyeuse ou éplorée ?

- Oh, vous, je...

Gina la dévisageait non sans une certaine satisfaction; elle savait que sans Channing, l'avenir de Sophia ressemblait un peu au sien.

- Peut-être que Lionel vous a mise à la porte et que vous comptiez vous faire reprendre par Channing...

- La ferme, vous ne savez pas...

- Je ne sais pas quoi ? Me retrouver toute seule ? Vous savez, quand Stockman est mort, j'ai tout perdu. Un mari, une maison, un foyer heureux... Et j'ai été obligée de venir m'installer dans ce repère de serpents... Aujourd'hui, en plaise au diable, une partie de moi est heureuse, Sophia... Vous allez connaître ce que j'ai enduré...

- Allez au diable, Gina. Vous ne pouvez pas comparer l'amour entre Channing et moi, avec votre stratagème avec Stockman...

N'en pouvant plus, Sophia préféra s'éloigner : peu lui importait que Gina gagne cette bataille.

 

Jetée de Santa Barbara.

Un bateau des garde-côtes revenait à vive allure vers la jetée de Santa Barbara. Depuis la disparition de Channing Capwell et du pilote de son hélicoptère privé, tous les jours de nombreux bateaux quittaient le port à la recherche des deux hommes.

Autour de la jetée, un cordon de sécurité prenait place, alors qu'une équipe médicale attendait de pied ferme l'arrivée du bateau.

Soudain une voix s'écria : le voilà !

Effectivement, le bateau entrait dans le champ de vision de toutes les personnes qui avaient pris place sur la jetée. Depuis plusieurs minutes, un bruit avait couru : on aurait retrouvé un survivant. Tout le monde en ville s'interrogeait sur l'identité de la personne. Channing Capwell ou le pilote ? Le pilote ou Channing Capwell ?

Deana Kincaid et son équipe de journalistes avaient eux aussi pris d'assaut la jetée. Elle voulait cette fois encore doubler Warren Lockridge avec la primeur de ce scoop.

Warren, quant à lui, avait quitté un moment plus tôt le bureau de sa mère à Pacific Sud, pour se rendre au quartier général des sauveteurs. Là, il avait retrouvé d'anciennes connaissances et il avait ainsi pu partir avec l'équipe de secours. Il se tenait en ce moment même aux côtés de l'équipe de sauveteurs et de l'homme qu'il venait de sauver. Ce dernier grelottait toujours de froid, bien emmitouflé dans une couverture de survie.

Il ne cessait d'assurer aux sauveteurs que ce n'était pas la peine de poursuivre les recherches : ils ne trouveraient pas d'autres corps.

- Je peux vous assurer que monsieur Capwell n'était pas présent dans l'hélicoptère au moment de l'explosion. Au moment-même où il montait, il a reçu un coup de fil urgent.

- Pourtant, nous avons des témoins qui jurent l'avoir vu prendre place dans l'hélicoptère...

- Mais il en est redescendu. J'étais seul lors de l'explosion.

Warren écoutait sans bien comprendre. Sa mère était certaine de l'avoir vu monter dans l'engin, et ensuite de l'avoir vu exploser.

- Je peux vous poser une question qui restera entre nous ?

- Oui.

- L'accident était-il programmé ?

- Programmé ?

Tout le monde parmi les sauveteurs dévisagea Warren.

- Channing Capwell avait-il tout organisé ?

Le silence du pilote confirma ce que Warren envisageait comme possible dans un premier temps.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il voulait quitter la ville sans que personne ne le suive. Il ne voulait que personne de sa famille puisse connaître sa destination. Un cheval l'attendait à quelques mètres de la villa.

Le reste du voyage se fit dans le plus grand silence.

Arrivé sur la jetée, le pilote fut aussitôt pris en charge par l'équipe médicale et transporté au Memory Hospital, sous une escorte policière.

Du haut de la jeté, Deana ne put prendre que quelques photos de l'homme. Elle aurait tant aimé avoir une discussion avec le pilote. Toutefois, elle fut bien obligée de faire un reportage.

«Je me trouve actuellement sur la jetée au coeur de la ville, où l'équipe de nos sauveteurs vient de ramener sain et sauf le pilote de l'hélicoptère privé de Channing Capwell. Ce dernier, inconscient, a été transporté à l'hôpital, où sa famille pourra le rejoindre. Une question toutefois subsiste : où est Channing Capwell ? Faut-il craindre le pire ? Saura t-il traiter avec les requins, lui qui a tant fait des affaires avec des requins de la finance ?»

Warren, en remettant ses lunettes de soleil, s'approcha de Deana. Cette dernière pu vérifier avec certitude qu'il quittait le carré délimité par les forces de l'ordre. Elle enrageait intérieurement : il l'avait doublée, elle en était certaine.

- Ne vous inquiétez pas, Deana. Lors du trajet de retour, j'ai pu discuter avec le pilote, Channing n'était pas dans l'hélicoptère... Les requins n'auront rien à manger aujourd'hui !

Alors que Warren repartait vers sa voiture, folle de colère et de frustration, Deana lança son micro sur l'un de ses assistants.

- Tout cela est de votre faute, si vous étiez moins lents !

 

Tente du Sheikh Idi Ben Adir, Khareef.

Confortablement installé sur des coussins or et rubis, le Sheikh Idi Ben Adir savourait sa victoire. Depuis le dernier échange qu'il avait eu avec son éternel rival le Pacha Mustafa Omar Kamal, il n'avait cessé de marquer des points. Encore quelques jours et il arriverait à le faire reconnaître aux yeux de tous comme co-responsable de la catastrophe qui frappait Khareef. Et lui, il serait nommé comme le nouvel administrateur du pays.

- Tu t'es trompé d'allié, Mustafa. Tu t'es trompé de Capwell. Ce n'est pas Channing sur qui il fallait parier, mais Pamela...

Une femme vêtue uniquement de foulards transparents s'approcha de lui.

- Monsieur, le responsable du port est ici. Dois-je le faire entrer ?

Le Sheikh lui fit un signe de la tête. Il serait à la tête de Khareef peut-être plus tôt que prévu.

 

Cimetière de Santa Barbara.

Un bouquet de fleurs sauvages à la main, Kelly Capwell Perkins Conrad Barr marchait en silence le long des allées du cimetière de la ville. Elle qui avait littéralement fuit cette ville après avoir compris qu'elle n'avait plus rien à attendre, se retrouvait seule, perdue au milieu des ruines de sa vie passée. A peine une petite fraction de seconde, elle songea entre autres à Robert Barr, à Dylan Hartley. Elle évita de passer à proximité du mausolée Capwell. Au fond de son coeur, la cicatrice ouverte depuis la disparition de sa mère Sophia ne s'était toujours pas refermée. Et même si à la surprise de tous, Sophia Wayne Capwell était revenue d'entre les morts, Kelly conservait en elle une part de culpabilité. En ce 3 mai, elle aurait dû aller au cirque en compagnie de sa mère.

Lentement, ses pas la guidèrent vers un vieux chêne centenaire. Là, à ses pieds, reposaient les membres de son autre famille : John, Amy et son doux et tendre Joe. Ses yeux caressèrent la pierre tombale de Joseph Evans Perkins, le premier et grand amour de Kelly. Tout son être se mit à vibrer, et une réelle paix s'éveilla en elle : elle était enfin revenue chez elle. Bien évidemment de vieux souvenirs remontèrent à la surface, mais ils n'apportaient avec eux aucun sentiment de souffrance ou de douleur. La paix retrouvée...

Kelly ferma les yeux et se laissa emporter par l'amour qui se réveillait en elle. Presque au loin, elle pouvait entendre la voix de Peabo Bryson qui fredonnait une vieille chanson, If Ever Your In My Arms Again.

Sereine, rassurée, Kelly déposa son bouquet et se leva.

- Je suis restée trop longtemps loin de toi, Joe. Je te remercie de m'avoir appelée à nouveau. Auprès de toi, je me sens bien.

Kelly, qui ignorait encore tout de l'accident de son père, s'éloigna doucement de la tombe des Perkins, quand soudain, une ombre attira son attention. Elle était certaine d'avoir vu une silhouette au milieu des arbres. Puis, un détail focalisa toute son attention. Au milieu des tombes, posé sur l'herbe verte, un amas de fleurs blanches l'invitait à s'approcher. Déterminée à en finir, Kelly s'avança vers la tombe. Au fil de ses pas, elle acquérait la certitude qu'elle s'approchait de la tombe de son pire souvenir : Peter Flint. A ses pieds alors, s'étendaient des oeillets blancs.

- Non...

Kelly réussit difficilement à contenir un cri mêlé d'angoisse et de souffrance.

Son regard se porta vers l'horizon et elle vit un homme qui l'observait de loin.

Sans attendre davantage, elle se précipita vers cet inconnu qui la narguait depuis New York.

 

Capwell Tower, Santa Barbara.

- Je les déteste tous... Des Capwell aux Lockridge, je les déteste tous...

A la cime de la Capwell Tower, Pamela se laissait aller à sa colère. Un instant plus tôt, elle avait renversé tous les objets et tous les documents qui se trouvaient sur le bureau.

- Kirk, tu m'entends, je les hais. Et je veux qu'ils paient. Tous.

Kirk Cranston ne cessait de la dévisager. Depuis qu'elle avait embarqué dans sa vendetta contre les Capwell, jamais il ne l'avait vue si proche d'un point de rupture.

- En réalité, vendre les objets d'art de Channing m'importe peu. Mon véritable objectif est de détruire tout des Capwell, jusqu'à leur nom. Je n'aurai de cesse de me battre à cette fin.

- J'en suis certain, Pamela. Mais pourquoi continuer ? Les Entreprises Capwell sont à vous, les collections d'art sont à vous... Que voulez-vous de plus ?

- Lui faire aussi mal que ce que j'ai eu lorsqu'il m'a chassée de la villa. Lui faire comprendre qu'après toutes ces années, je ne lui ai pas pardonné.

Retrouvant un peu de calme, Pamela se tourna vers la large baie vitrée et observa la ville qui s'étendait à ses pieds.

- D'après ce que j'en sais par mon père, c'est vous qui avez choisi de laisser Mason à son père...

- Oui. Et nous sommes très peu à savoir ce qu'il en est vraiment. Channing, toi et moi. Et au moment de choisir, je suis certaine que Mason ne croira pas son père...

- Je voudrais en être aussi certain que vous, Pamela.

Kirk profita de cet instant de silence pour ramasser les documents relatifs à la vente aux enchères. Tout était fin prêt.

- Je donnerai des millions pour savoir où se trouve Channing en ce moment.

- J'ai joué de toutes mes relations, mais aucune n'a pu donner le moindre indice.

- Même le pilote ?

- Y compris le pilote.

- Si Philip travaillait encore pour Channing, il le saurait...

Pamela se retourna face à Kirk.

- Avant que vous ne partiez pour le musée, plusieurs choses... Faites-moi venir Eden. Il faut qu'elle accepte de se rendre chez les Lockridge pour voler la mallette qu'a trouvée cette garce d'Augusta. Ensuite, je veux que vous me trouviez un moyen de posséder la villa Capwell. Enfin, je veux que vous m'organisiez à Sacramento une rencontre secrète avec les sénateurs Charles Bateman, Peter Mark Richman, Paul Burke, et celui que je n'ai encore jamais rencontré, Lloyd Bochner. Je veux qu'ils intègrent la commission de ce texan d'Ewing. J'ai une demande à leur faire comprendre !

- Bien, Pamela.

Kirk quitta le bureau.

 

Port de Khareef, Moyen Orient.

Escorté par plusieurs de ses hommes, le Pacha Mustafa Omar Kamal regagna son yacht privé amarré dans le port. La situation dans toute la ville semblait échapper à tout contrôle, comme si sans cesse le feu était ravivé de l'intérieur.

- Je suis certain que derrière tout cela se cache la main du Sheikh. Depuis le temps qu'il cherche à se venger de moi...

- Pourquoi, votre majesté, ne pensez-vous pas que les Entreprises Capwell soient derrière cette catastrophe ?

- Parce que j'ai confiance en cette jeune américaine qui est venue ici se battre pour reprendre son époux. Je la crois incapable de faire cela. Elle était prête à se sacrifier pour sauver son amant. Elle avait une toute autre définition de l'avenir et de la justice...

- Alors si vous avez raison, nous ne pouvons plus rester ici...

- C'est ce que je crains, aussi, mais c'est mon pays...

 

Petro Palace, Saint Petersburg, Russie.

Une voiture sombre s'arrêta devant l'entrée du Petro Palace à Saint Petersburg. Un voiturier s'approcha pour ouvrir la portière.

- Bienvenu au Petro Palace. Votre rendez-vous vous attend. Si vous voulez bien me suivre...

Ils traversèrent l'immense hall d'entrée de l'hôtel, puis ils gravirent le lourd escalier de marbre jusqu'au premier étage. Là, le voiturier choisit de tourner à droite.

- On vous attend dans le salon privé des anciens appartements de la tsarine. Votre rendez-vous a un goût très raffiné.

Ils s'arrêtèrent devant une haute porte de bois entièrement peinte à la main, représentant les ébats amoureux d'une ancienne princesse de la mythologie russe. Le voiturier s'écarta pour laisser entrer l'invité.

La pièce était entièrement décorée de velours bleu nuit, d'or et argent. Au plafond, des étoiles d'argent scintillaient, alors que la seule lumière provenait de dizaines de bougies qui rehaussaient l'éclat de l'or.

Une femme brune aux cheveux courts se leva soudain d'un large fauteuil bleu nuit. Elle ne portait qu'une nuisette en dentelle et une sortie de lit assortie.

- Channing Creighton Capwell... En dépit des années, tu as toujours gardé autant de charme. Et l'argent sur tes tempes accroît encore, si cela est possible, le magnétisme qui émane de toi.

- Bonjour Alexis. Toi non plus tu n'as pas changé.

Ils s'étreignirent. Channing s'écarta le premier. Il connaissait les femmes comme Alexis Morell, encore que, pour des raisons qu'il ignorait, il conservait de la tendresse et de l'affection pour elle.

Channing Capwell et Alexis Morell Carrington Colby Dexter Rowan s'étaient rencontrés à Denver lors d'une conférence sur le pétrole. Channing et Cecil Colby devaient alors signer un accord pour la création d'un pipeline qui acheminerait le pétrole entre la Sibérie et le Canada. Le projet n'avait pu aboutir en raison de la mort de Cecil. Et malgré les nombreuses relances d'Alexis, Channing avait été obligé de décliner le projet.

- Channing, plus je te regarde et plus je trouve du Cecil Colby en toi...

- Alexis, nous savons tous les deux où nous n'irons jamais. Je serais heureux de profiter de ces magnifique et de ces non moins merveilleux plaisirs cachés, mais toi et moi, nous savons que c'est impossible.

- Ah, il est impossible pour Triple C de s'abandonner aux plaisirs des pauvres mortels que nous sommes !

- Triple C !!

Tous deux partirent d'un large fou rire.

- Alexis, sais-tu qu'à part toi, personne ne m'a jamais nommé de la sorte ?

- Tu m'en vois ravie. Que je conserve encore l'impression d'avoir partagé quelque chose avec toi.

Ils prirent place autour d'un petit guéridon et s'offrirent un moment où ils évoquèrent le passé. Alexis fut la première à revenir aux affaires.

- Alors, Triple C, quelle est la véritable raison de cette entrevue secrète ? J'ai appris que cela allait plutôt mal pour toi.

- Effectivement.

Channing raconta sa version de l'intrusion de Pamela dans sa vie.

- Il me semble qu'à l'époque, je t'avais dit de ne pas l'épouser. Je ne me souviens plus des termes exacts, mais...

- Mais tu avais raison, Alexis... D'un autre côté, cela t'a permis d'épouser Cecil, puis Blake...

- Bien. Alors... Si c'est pour la vente aux enchères, je peux...

- Alexis, j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu respectes la parole de Cecil.

- Tu sais...

- Alexis. Un jour, Cecil et toi êtes venu me voir, et vous avez exigé de moi que je me retire sur un contrat, tout en laissant croire à Blake Carrington que j'allais poursuivre le projet et enchérir des millions sur ce contrat. Pour me battre, Blake Carrington a été contraint et forcé de s'associer avec vous. Association qui aurait été impossible si Blake avait su qu'à l'époque je n'avais pas les moyens. J'ai comme toi un fils qui hésite entre amour et haine à mon égard. Il s'appelle Mason et, pour le peu que j'en sais, il ressemble étrangement à Adam. Il vaudrait mieux pour tous d'en finir avec cette histoire vieille de plus de trente ans. Tant que vous étiez associés à la Denver Carrington, je n'ai jamais demandé le remboursement des fonds prêtés.

- Et aujourd'hui, tu veux...

- Aujourd'hui, avec cet argent, je veux que tu m'aides à détruire Pamela Conrad et que tu récupères en secret les Entreprises qui m'appartiennent de droit.

Il ne fallut pas plus de trente secondes à Alexis pour prendre une décision.

- Alors, au combat, Triple C ! Toi et moi nous aurons la peau de Pamela... Ce sera un vrai plaisir de la détruire.

Alexis se leva et sortit une bouteille de champagne. Un franc et large sourire illuminait son visage.

- Je porte un toast, Triple C. Au souvenir du bon vieux temps, ainsi qu'aux occasions manquées...

- Aux occasions manquées, Alexis !

Southfork Ranch, Braddock, Texas.

- Julia, pardonnez-moi de vous appeler si tard, mais je décolle dans moins d'une heure pour Washington. L'équipe de la commission avec qui je devais travailler sur les implications des Entreprises Capwell vient d'être entièrement renouvelée. Je ne sais pas ce que cela cache. Je vous fais faxer à votre bureau la nouvelle liste de sénateurs qui siègeront avec moi. Je promets de vous en dire plus dès que j'aurai de nouvelles informations. J'espère à bientôt. Je vous embrasse et appelez-moi.

Bobby Ewing raccrocha son téléphone portable. Il s'apprêtait à monter dans l'hélicoptère privé des Ewing.

- Si je devais donner un avis, je dirais que J.R. ou quelqu'un comme lui est derrière ce remaniement.

 

Pacific Sud.

Sophia gara sa voiture devant les bureaux de Pacific Sud, et admira le travail réalisé à la fois par Channing et Augusta.

Elle se dirigea naturellement vers le bureau de celle que déjà tout le monde nommait la reine des lieux, Augusta Lockridge. Elle la trouva dans la salle de conférences, en compagnie de Julia, Greg et Daniel McBride. Augusta fut la première à remarquer sa présence.

- Tiens, voilà la nouvelle veuve ! Ah non, j'oubliais, il n'est pas mort ! Désolée, Sophia, l'héritage ce n'est pas pour tout de suite !

- Augusta !

- Voyons, Julia, nous sommes entre amis... N'est-ce pas Sophia ?

Sophia s'avança, préférant ne pas répondre.

- Je voulais savoir si vous aviez eu des nouvelles de Channing ?

- Non, Sophia. Quand on pense que même les requins n'ont pas voulu de lui. C'est trop bête ! A croire qu'ils ne se mangent pas entre eux ! ! Aha ah ah !!

- Venez, Sophia.

Julia prit Sophia à l'écart.

- Je suis désolée, mais personne ne sait où Channing est parti. J'ai harcelé Mason de questions, mais je suis certaine qu'il ne sait rien.

- Et Eden ?

- Eden... Elle a été vue à la Capwell Tower en compagnie de Kirk et Pamela. En ce moment, je sais qu'elle traîne au musée et qu'elle les aide à préparer cette sordide vente aux enchères.

- Il faut que je m'y rende.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Nous nous sommes revues, et je peux vous assurer que...

- Que quoi, Julia ? C'est ma fille. Je ne peux pas l'abandonner dans cette situation. Surtout dans cette situation. Il faut que je lui parle, loin de Kirk et de Pamela. Je suis certaine que je parviendrai à atteindre son coeur...

- Sophia, je vous jure que je vous comprends.

- Mais ?

- Mais, je ne pense pas que vous soyez la meilleure personne pour lui parler. Vous oubliez qu'avant de partir, elle a essayé de vous tuer...

- Oh, Julia... Je ne sais pas quoi faire...

Sophia, qui commençait à pleurer en se réfugiant dans les bras de Julia, murmurait en continu qu'elle ne savait quoi faire pour venir en aide à Eden.

Lorsque les pleurs se calmèrent, elles s'assirent sur un banc de bois, les mains serrées, comme si par ce lien elles arriveraient à soutenir et à maintenir unie toute la famille.

- N'existe-t-il aucune solution, Julia ?. Et...

Une lueur d'espoir se mit à briller dans les yeux de Sophia.

- Si l'amour de sa mère ne peut pas la sauver, est-ce que l'amour de...

- Je sais à quoi vous pensez, Sophia. J'y ai moi-même songé. Et j'ai déjà téléphoné à Cruz. Il n'est pas chez lui en ce moment. J'ai laissé un message pour qu'il me rappelle dès son retour.

- Alors, il faut prier... Prier pour que nous puissions la ramener à la réalité, sinon je ne sais pas ce qu'il peut advenir de cette famille...

 

Capwell Tower, Santa Barbara.

Mason quitta le hall de la Capwell Tower. Il venait d'essuyer un cuisant échec; sa propre mère Pamela venait de lui interdire l'accès à son bureau. Mason enrageait. Il sentait la colère et la frustration qui montaient en lui.

- Ils ont beau prétendre le contraire, ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau, Channing et elle. La même indifférence coule dans leurs veines...

Fou de rage, Mason se dirigea vers un bar qui jouxtait d'autres buildings. Il n'y avait que peu de monde à cette heure-là. Il gagna le bar et commanda un double scotch bien tassé. Il conserva longtemps le verre à la main, jouant avec le reflet des lumières à la surface du liquide.

- Ce qu'il m'énerve le plus, c'est qu'ils ne voient pas qu'au bout du compte, c'est moi qui souffre le plus. S'ils arrivaient à voir plus loin que leurs petites manigances, leur soif de vengeance... Mais cela, non, ils ne peuvent pas... Il faudrait pour cela qu'ils arrivent à diriger leurs yeux ailleurs que sur leur petit nombril... Je les déteste autant l'un que l'autre. Sans cesse, je dois choisir un camp. Et s'ils avaient deux dollars de jugeote, ils remarqueraient que toutes mes actions n'ont qu'un seul et même but, ne pas choisir. Comment pourrais-je choisir entre mes deux parents ? Comment imposer cela à l'un de ses enfants ? Alors qu'ils n'auraient qu'un mot à dire pour que j'oublie tout du passé... Pour que j'oublie tout.

Sans d'autres explications, Mason versa sa boisson dans la plante verte qui trônait sur le bar et quitta les lieux.

- Elle avait soif. Grandement soif !

 

Ancien appartement de Kelly, 200 Anapamu, apt. 7.

Kelly poussa la porte de son tout premier appartement. C'est volontairement qu'elle avait choisi de taire son retour en ville, et c'est pour cette raison qu'elle était venue s'installer ici. Une agréable impression de retour à la maison l'accueillit, même si le décor en rotin ne lui correspondait plus. Elle était heureuse d'être revenue. C'est ici qu'elle avait vécu des moments de bonheur avec Joe. Bien que d'autres personnes aient traversé ces lieux, le souvenir au regard de Kelly restait profondément ancré dans chacun des meubles, dans chacun des objets.

Kelly déposa son sac et se dirigea vers une bibliothèque toute de rotin blanc. Les années avaient conservé leur première photo officielle. Elle avait été prise un après-midi de juin dans le parc de Lyman, le jour où elle avait embrassé Joe pour la toute première fois.

L'émotion et la force de son amour pour lui remontaient à la surface. Kelly quitta l'appartement et prit place sur les marches de l'immeuble pour s'imprégner à nouveau de la brise marine de Santa Barbara. Son coeur et son corps reprenaient lentement vie après des années d'emprisonnement loin de cette ville. Kelly comprenait qu'elle était de retour et que sa fuite de l'autre côté du pays était une erreur. Sa place était ici.

Soudain, son regard croisa un homme appuyé contre le mur en face d'elle. Bien que les traits de son visage ne lui paraissaient pas familiers, quelque chose dans son regard et dans son attitude lui rappelait une personne. Déjà au cimetière, elle avait eu droit à cette sensation de déjà-vu.

L'homme ne semblait nullement gêné par le regard de Kelly. Il finit par traverser la rue et s'approcha de la jeune femme. Leurs regards se croisèrent et, dans les entrailles de Kelly, la chaleur s'intensifiait.

L'homme se présenta à elle.

- Bonjour. Tyler McCandless.

- Enchantée. Kelly Per...

- Je sais qui vous êtes. La ville vous manquait ?

- Un peu, je dois l'admettre. J'étais partie en fait pour de mauvaises raisons. Aujourd'hui je sais que je n'aurais jamais dû partir.

- Il me semble que dans tout cela, l'important c'est de revenir.

- Effectivement. Et vous ?

- Oh, moi...

- Excusez-moi si je suis indiscrète...

- Pas du tout. J'ai dû quitter la ville en 1985. Mais contrairement à vous, je ne l'ai pas choisi. D'autres l'ont fait pour moi.

Le regard de Tyler se perdit dans le vide.

- Et le retour ?

- Pardon ?

- Votre retour en ville, c'est par choix ?

Le regard de Tyler se fit plus insistant.

- Je crois que c'était vital pour moi. Il fallait que je revienne. A l'époque, j'ai perdu une moitié de moi-même. Depuis, je ne suis plus vraiment moi. J'ai eu beau essayer de tourner la page, cette part de moi-même n'a jamais cessé de me hanter... Un jour, j'ai donc pris mon courage et je suis revenu. Il m'est impossible de faire autrement. Si je veux vivre, il faut que je retrouve cette essence qui me rendait vivant. Mais pardon, je m'égare. Vous avez certainement mieux à faire, comme défaire vos valises. A bientôt, Kelly.

L'homme s'éloigna.

Kelly resta un long moment les yeux rivés sur lui, sur sa silhouette. Elle ne reprit vraiment conscience que des minutes plus tard. Elle restait encore sous le coup de cette rencontre, sous la sincérité de ces paroles. Car tout comme lui, Kelly avait perdu une partie d'elle-même le jour où Joe trouva la mort.

 

Souterrain reliant les villas Capwell et Lockridge.

Au même moment, Eden / Lisa marchait, guidée par les souvenirs et par le faisceau lumineux de sa lampe torche, dans le souterrain reliant la villa de son père à celle des Lockridge. Elle ne s'en souvenait plus, mais à plusieurs reprises, elle s'était promenée dans ce sombre endroit. C'est d'ailleurs un peu à cause de lui si, en 1985, elle avait pleinement offert son coeur à un certain Cruz Castillo que, durant un moment, elle crut perdre lors d'une explosion.

Aujourd'hui, elle marchait presque le coeur léger, indifférente aux souvenirs qui hantaient parfois ces lieux : d'abord c'était le souvenir de Channing Junior et de Lindsay Smith, puis celui de Hank Judson, et enfin celui de tous les Capwell et de tous les Lockridge qui s'étaient servi de cet endroit qu'Eden / Lisa menaçait de réveiller.

Eden / Lisa s'en revenait de la maison des Lockridge, obéissant aux ordres de Pamela. Elle avait profité de l'absence d'Augusta (elle dînait à l'Orient Express) pour dérober la mallette de métal trouvée aux côtés de la dépouille de Franco Parisi. Alors qu'elle avançait la mallette à la main, Eden / Lisa chassait de son esprit son désir de l'ouvrir. Pamela et Kirk lui avaient bien recommandé de ne l'ouvrir sous aucun prétexte.

- Pourquoi m'ont-ils envoyée la récupérer si ce n'est pas pour regarder ce qu'elle contient ?...

Alors qu'elle passait devant la pièce qui, des années plus tôt, avait abrité les amours de Channing Junior et de Lindsay Smith, Eden / Lisa décida de s'arrêter un moment.

- Je suis certaine qu'ils me cachent des choses. Je ne peux pas être que cette femme, vide de tout passé, qu'ils peuvent combler à leur convenance. Je sens bien au fond de moi qu'il y a une femme  qui voudrait remonter à la surface.

Appuyée contre les pierres, Eden / Lisa tentait de retrouver ses esprits; jamais elle ne s'était sentie aussi proche d'ouvrir la barrière qui retenait ses souvenirs. Kirk, lors de leur retour de Las Sirenas, avait permis de meubler certains vides. Elle savait à présent son identité : Eden Capwell. Elle était l'héritière de l'Empire Capwell, empire qui menaçait de sombrer définitivement dans les jours à venir. Elle avait été l'unique et grand amour de Robert Barr. Malheureusement pour eux, cet amour n'avait pas résisté à la découverte de son identité. Lorsque Robert avait découvert qu'elle était la fille de Channing Creighton Capwell, l'homme qui avait chassé son père de ses terres, il avait préféré rompre avec elle. Depuis, Eden ne s'était jamais vraiment remise de cette blessure. Et effectivement, Eden éprouvait au fond de son coeur, la peine de la mort d'un amour infini.

Eden / Lisa se concentrait de toutes ses forces : elle devait faire revivre le souvenir de Robert ou de Franco : la route vers son passé exigeait cette étape. Mais si elle arrivait à faire renaître le visage de Robert, les traits de Franco restaient cachés derrière un épais brouillard.

Eden / Lisa inspecta les amas de pierres autour d'elle.

- Cet endroit fera une merveilleuse cachette pour cette mallette. Je ne veux pas donner ce présent trop vite. Si après il s'avérait que ni Pamela, ni Kirk n'ont besoin de moi, je resterai pour toujours dans l'ignorance.

Tu es bien restée la même. Incapable de faire confiance à quelqu'un. Pourtant, Eden, si tu le voulais vraiment, tu pourrais te souvenir de ton passé. Souviens-toi, à Paris, tu recherchais Andre. Andre, cet homme que tu conduis à la mort. Peut-être, comme le laisse entendre Pamela, que tu as aussi conduit Franco et Robert sur la même tragique voie.

La voix de Lisa résonna avec force le long des pierres. Bien qu'elle s'était tue depuis longtemps, Eden savait qu'elle restait toujours là, tapie dans l'ombre.

- Tais-toi. Toi non plus tu ne sais rien... Sinon, il y a bien longtemps que tu aurais parlé.

C'est ce que tu crois. Si tu avais le courage de retourner dans la villa de ton enfance, je te montrerai des images de ton passé.

Comme guidée par Lisa, Eden déposa la mallette derrière de vieilles pierres, puis monta quatre à quatre les marches d'escalier et ressortit dans le bureau. Ses pas la guidèrent vers la cave de la villa.

Je pourrais presque te chanter une ancienne chanson : te souviens-tu d'un slow, dix ans plus tôt...

- Arrête, veux-tu ! Montre-moi mon passé !

Et alors qu'elle s'appuyait contre une étagère qui supportait de grands crus, Eden / Lisa eut comme un flash.

Elle se tenait dans la cave. Elle pouvait entendre la musique de la fête que son père donnait. Ses mains tremblaient encore. Lentement, elle baissa les yeux. Le corps sans vie de Franco Parisi gisait à ses pieds dans une mare de sang...

Eden / Lisa manqua de défaillir.

- Alors, Eden, toujours certaine de vouloir connaître son passé ?

- Comment te croire ? Cela ne serait pas la première fois que tu me mens...

Cependant, la part d'Eden Capwell qui subsistait encore en elle était certaine de la véracité des images. Elle s'était bien trouvée dans le passé, ici, avec à ses pieds le corps de Franco Parisi.

Instinctivement, Eden / Lisa s'essuya les mains sur son pantalon noir. Elle cherchait à effacer les traces de sang qui la maculaient.

Puis, très vite, elle sortit de la cave de la villa et s'engouffra à l'intérieur du véhicule noir qui l'attentait. A l'intérieur, Kirk la questionna sur la mallette.

- Je ne l'ai pas trouvée. Je n'ai pas réussi à pénétrer dans la chambre d'Augusta.

- Ce n'est pas grave. On retentera un autre soir.

- Bien. Kirk, comment est mort Franco ?

- Je ne sais pas. Il faudra le demander à Pamela.

Eden / Lisa ferma les yeux, implora sa vision de revenir. Dans son esprit l'image restait parfaitement gravée : elle l'avait tué. Il ne pouvait en être autrement. Sinon, comment expliquer la vision et le sang ?

Le reste du trajet de retour se fit dans le plus grand silence.

 

Petro Palace, Saint Petersburg, Russie.

Bien emmitouflée dans un manteau de fourrure en pure peau de zibeline blanche, Alexis Colby monta dans une limousine qui l'attendait devant l'hôtel. A ses côtés, Channing Capwell avançait, le regard à nouveau acéré, certain qu'un avenir meilleur allait s'offrir à lui.

Tandis qu'ils prirent place, un jeune et charmant jeune homme était déjà installé à l'arrière du véhicule. Il échangea un sourire chargé de sous-entendus lorsque la main d'Alexis croisa la sienne. Cette dernière ne prit même pas la peine de faire les présentations.

- Avez-vous les documents que je vous ai demandés ?

Le jeune homme lui remit un très léger dossier, qu'Alexis s'empressa de consulter.

- Bien. Très bien. Eh bien Channing, avant que nous nous retrouvions à Santa Barbara, je vais devoir faire quelques petits détours. Je vous retrouve très vite. Et gardez-moi une chambre dans l'un vos palaces...

- La suite présidentielle de l'Hôtel Capwell est à votre disposition très chère...

La voiture roula jusqu'à l'aéroport de la ville. Là, devant les jets privés qui les attendaient, Alexis dit au revoir à Channing à la façon russe, en l'embrassant à pleine bouche.

- A bientôt, Triple C. La prochaine fois, lorsque je te rendrai les Entreprises Capwell, j'espère avoir bien plus de chaleur.

L'un comme l'autre s'engouffra dans son avion respectif.

- Eh bien me voilà fin prêt pour rentrer à Santa Barbara et faire cesser tous les espoirs quant à ceux qui me croyaient mort.

 

Sénat des Etats Unis, Washington.

Bobby Ewing quitta un moment la table ronde de la commission qui allait statuer sur la responsabilité des Entreprises Capwell. Tous les autres sénateurs le dévisagèrent alors qu'il quittait la salle. Dès que Bobby referma la porte, l'un d'entre eux prit la parole. Pamela Conrad l'avait joint deux heures plus tôt.

- Il est important pour montrer la force de cette commission que les Entreprises Capwell soient condamnées. La peine doit être exemplaire. Il en va de notre reconnaissance et de celle des Etats-Unis. Comment le monde pourra t-il croire en la justice, en notre indépendance, si nous ne nous montrons pas capables de punir ceux qui outrepassent toutes nos règles, qui ne respectent aucune de nos valeurs ?

- Vous avez raison.

- Vous savez, j'ai bien connu Channing Capwell, et je sais ce en quoi il croit. Et je peux vous assurer que je le crois parfaitement capable d'un tel acte.

- Sénateur Bochner, je partage entièrement votre avis. Channing Capwell doit enfin connaître le sens du mot justice.

Assis sur les grands escaliers de marbre blanc du Sénat, Bobby Ewing resserra son manteau sur lui.

- Julia, bonjour. C'est à nouveau Bobby Ewing...

- Oui, je vais très bien, merci.

- Non, il faut que vous m'écoutiez. Cette commission est un non-sens. Elle a quitté le chemin qui devait être le sien. Quelqu'un veut faire payer Channing Capwell. Etes-vous certaine qu'il n'a jamais croisé la route de mon frère, J.R. ? Je peux vous assurer que ce que j'entends depuis des heures est la preuve qu'un piège aux mailles très serrées est en train de se refermer sur Capwell et ses entreprises.

- D'accord. Je vous faxe le compte-rendu tout de suite.

- A bientôt, Julia

- Oui, moi aussi. Et je pense à vous.

 

Bureau de la villa Capwell.

Mason raccrocha. C'était Daniel qui l'avertissait qu'il avait réussi à obtenir un report dans la vente aux enchères de la collection Capwell. Mason était certain qu'il s'agissait là de la seule volonté de Pamela. Elle ne pouvait pas résister au plaisir de voir Channing assister à la vente, de le voir perdre un à un ses petits trésors.

Mason essaya à nouveau, en vain, de joindre Pamela. La ligne lui restait interdite.

Samantha vint le rejoindre.

- Papa, pourquoi tu es triste ?

- Triste, ai-je l'air si triste ?

- Oui. Aussi triste que lorsque maman et toi avez eu l'accident de voiture.

- Je vais te le dire, petite fille bien trop curieuse. C'est parce qu'aujourd'hui, une petite fille que je connais bien n'est pas venue me faire de gros câlins...

- Une autre petite fille que moi ?

- Mais non...

Mason attrapa sa fille dans ses bras et la fit virevolter dans le ciel. Tout en jouant avec elle, il priait : «que jamais tu ne connaisse l'abandon de tes parents, mon petit ange...»

 

Musée, Santa Barbara.

Le soir était tombé sur la ville lorsque Sophia poussa les portes du musée. Tout paraissait fin prêt pour la vente aux enchères exceptionnelles de la collection privée des Capwell. Sophia remarqua la présence de la journaliste Deana Kincaid. Heureusement pour elle, Deana était en train de parler avec le conservateur.

Sophia Capwell s'engagea dans l'allée principale. De parts et d'autres autour d'elle, elle pouvait voir les anciens tableaux qui ornaient les murs de la villa, de la Capwell Tower. Son regard s'arrêta sur la jeune femme blonde, aux cheveux légèrement bouclés, qui s'activait à arranger les bijoux. Sophia n'eut pas besoin de voir son visage pour savoir qu'il s'agissait de sa fille, de sa douce et tendre Eden.

Sophia s'approcha d'elle et lui posa une main sur le bras.

- Eden...

Eden  / Lisa se détourna et la dévisagea comme si elle la voyait pour la toute première fois. Il était évident qu'elles partageaient quelque chose tant elle se ressemblaient. Pour la première fois, Lisa / Eden avait la certitude d'avoir elle aussi un passé. En dépit des réponses de Kirk, elle savait qu'elle ne détenait pas toutes les réponses à ses questions. Kirk lui avait montré des coupures de journaux de l'époque : elle avait essayé de la tuer avant de quitter la ville.

Le corps d'Eden / Lisa se raidit.

- Eden, je suis venue pour te parler. Nous avons tant de choses à nous dire, tu ne crois pas ?

- Je ne crois pas, justement. Nous n'avons pas grand-chose à nous dire, en ce qui me concerne. J'ai voulu te tuer parce que je te déteste. Tu m'as fait tellement de mal...

- Non, ce n'est pas vrai. Chérie, je suis...

- Ma mère. Je le sais. Et cela ne pardonne pas tout. Cela ne te donne aucun droit sur moi.

- Eden, je veux juste re parler... Je voudrais comprendre...

- Comprendre ? Mais il n'y a rien à comprendre. Papa et toi avez comploté contre moi. Vous avez tout fait pour me tenir à l'écart. Vous n'avez eu de cesse de me mentir, sur ta mort... de me maintenir éloignée de cette famille, en m'éloignant à Paris... Aujourd'hui, je n'ai plus besoin de vous.

- Ce n'est pas la vérité, Eden. Nous t'aimons.

- Lisa !

La voix de Pamela claqua entre les murs vides.

Instinctivement, Eden / Lisa se dirigea vers Pamela. Cette dernière lui chuchota quelques mots à l'oreille, et Eden / Lisa s'éloigna vers une autre pièce. Les deux anciennes rivales se dévisagèrent tel deux lionnes prêtes à se livrer un âpre combat.

Sophia ouvra la première les hostilités.

- Que vous vous en preniez aux Entreprises Capwell, ce n'est pas mon problème. Mais que vous touchiez à ma famille, à ma fille ! !

- Voyons, Sophia, je vous jure que je prends bien soin d'elle.

- Attention Pamela. Si vous lui faites le moindre mal, je ne vous le pardonnerai pas.

- Pour cela, vous n'avez pas besoin de moi. Vous vous en chargez très bien toute seule !

Sophia se rua sur Pamela et essaya de la gifler. Pamela l'arrêta dans son geste.

- Vous croyez que je vais vous regarder détruire ma famille sans me battre, Pamela ? Vous croyez que je ne vais pas me défendre ? Préparez-vous parce que je n'aurai aucune pitié. J'aurais du dire à Channing de vous détruire la dernière fois que vous êtes venue cracher votre venin !

- Sophia, vous avez tort de le prendre ainsi, je n'ai rien contre vous. Je peux vous assurer que je ne veux pas reprendre Channing. Je vous assure que vous pouvez garder. Ruiné, vous savez qu'il ne m'intéresse pas.

- Oh, vous n'êtes qu'une sale garce...

Pamela, qui tenait toujours le bras de Sophia, serrait de plus en plus fort.

- Faites bien attention, Sophia. Si vous voulez la guerre, vous pourriez bien l'obtenir... Mais avant que l'on se batte, il faut que vous sachiez pourquoi Channing ne se bat pas, lui.

Sophia pâlissait : quelle part de vérité allait lui annoncer Pamela ?

- Channing a compris qu'il ne peut rien contre moi. A l'époque où vous aviez déserté, je suis revenue faire des affaires avec Channing. Et un soir, pour des raisons que tout le monde ignore, Eden a tué Franco Parisi. Et si jamais Channing ou vous ne me caressez pas dans le sens du poil, je serais obligée d'aller à la police et raconter tout ce que je sais...

Sophia, libérée des griffes de Pamela, reculait.

- Non, ce n'est pas possible... Vous...

- Sophia, pourquoi faut-il que vous parliez pour ne rien dire...

Sophia restait immobile, vaincue par la révélation.

- Je sais, cela fait un choc de découvrir que sa fille chérie est une meurtrière. Mais Sophia, pour vous, ce n'est pas une nouvelle. C'est elle qui a essayé de vous tuer dans le bureau... Comme quoi, le célèbre adage dit vrai : telle mère, telle fille...

Pamela s'éloigna, laissant Sophia s'effondrer sur le sol.

- Si vous voulez prendre une babiole, je vous l'offre. Il doit y avoir quelques colliers qui ont appartenu à une actrice ratée de l'âge d'or d'Hollywood, une certaine Sophia machin chose. Elle n'a pas marqué les mémoires. Une pauvre starlette, dont la fille a mal tourné... Quoique dans le rôle de meurtrière, elle aurait pu avoir un Oscar : elle a tué son fils chéri...

Sophia tenta de se redresser.

- N'oubliez pas Sophia, si je le veux, votre fille ira en prison...

Le bruit des talons de Pamela furent autant de lames de couteaux qui poignardaient Sophia en plein coeur...

Chapitre 37