Santa Barbara

 Par Christophe Damour, Dictionnaire de la Télévision Française, 2007

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Annoncé comme un feuilleton en 80 épisodes lors de sa première diffusion, Santa Barbara en comptera plus de 2000 après dix années d'existence, dont 1000 toujours inédits en France. Dans la ville de la côte ouest des États-Unis qui donne son titre au feuilleton, les Capwell et les Lockridge, deux familles rivales, se détestent. Sur cette trame classique viendront se greffer toutes les intrigues imaginables typiques du mélodrame, entre amours impossibles (un riche héritier amoureux d'une employée de maison, la liaison d'un Capwell et d'une Lockridge) et secrets de famille à base d'adultères, d'enfants illégitimes ou d'échange de bébés à la naissance. Le scénario emprunte même des éléments à d'autres univers, comme le film catastrophe (un tremblement de terre secoue la ville) ou le film policier, avec ses multiples enquêtes sur des meurtres mystérieux (le fils préféré des Capwell est assassiné dès le premier épisode et chaque personnage de la série sera passé en revue comme coupable potentiel). Il y rôde même un tueur en série traumatisé qui assassine de jeunes filles blondes et signe ses crimes en laissant sur place des oeillets. Allant au-delà du ton très libre propre au genre (les mariages se font et se défont, la jeune et pure Kelly Capwell enchaîne les amants), les scénaristes n'hésiteront pas à inventer des situations extravagantes, comme le viol d'Eden Capwell par son gynécologue.

Les péripéties se succèdent dans un habile mélange de suspense et de glamour, avec une mention spéciale pour le couple vedette formé par la blonde Eden (Marcy Walker) et le brun ténébreux Cruz Castillo (A Martinez), inspecteur de police et homme d'action de la série. Les personnages sont hauts en couleur et servis par des comédiens pittoresques et des voix françaises minutieusement choisies, comme le cynique Mason Capwell (Lane Davis), ou le fourbe procureur Keith Timmons (Justin Deas). Quant aux personnages féminins, ils ne sont pas en reste, avec en tête la cruelle Augusta Lockridge (Louise Sorel) ou l'agaçante Gina (qui porte selon les épisodes un nom de famille différent en raison de ses multiples mariages avec plusieurs personnages de la série - interprétée par Robin Mattson).

Mais après avoir connu un joli succès pendant plusieurs années, le feuilleton a fini par lasser. Aux manigances de plus en plus rocambolesques et à l'épuisement des différentes combinaisons amoureuses possibles entre tous les personnages s'est ajoutée l'interchangeabilité excessive des acteurs : Channing Capwell (Charles Bateman), patriarche à la chevelure blanche qui évoquait le Jock Ewing de Dallas, a été remplacé par un acteur aux cheveux bouclés et grisonnants (Jed Allan). Et lorsque Robin Wright part faire du cinéma, pas moins de trois autres actrices se succèdent pour le rôle de Kelly. Comme le rappelle Florence Dupont dans son essai Homère et Dallas, dans les séries télévisées «Les acteurs ne jouent pas les rôles, ils sont les rôles». Changer les acteurs a été fatal pour l'adhésion du public aux personnages.

Initialement programmé en début de soirée, le feuilleton sera progressivement déplacé à des tranches horaires de l'après-midi, puis du matin, avant d'être définitivement arrêté et remplacé par des jeux.

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