| Né pour être Mason | |||||
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Par Janet Di Lauro, Soap Opera Weekly, 1990 |
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Après
avoir passé sept ans dans Dynastie, où il incarnait le
puissant Adam Carrington, l'acteur Gordon Thomson admet avoir eu quelques
hésitations à l'idée de revenir aux programmes de journée - plus
précisément dans Santa Barbara sur NBC.
«J'ai eu droit aux réflexions habituelles du genre : "Mais ce n'est pas du prime time"», reconnaît Thomson. «Puis j'ai longuement réfléchi et je me suis dit : "Attends une seconde, Gordon. On te propose un personnage majeur dans une série dramatique récompensée par un Emmy award, avec de très bons scénarios, et on va très bien te payer. Quel est ton problème ? Ça fait trop longtemps que tu es à Hollywood, espèce d'idiot !"»
Thomson éclate de rire en se remémorant l'épisode, puis ajoute qu'une fois qu'il a «réglé cette question», il s'est mis sérieusement à envisager la fabuleuse proposition que l'équipe de Santa Barbara lui faisait miroiter. «Je suis rentré du travail - je faisais alors une apparition dans Arabesque - et j'avais un message de mon agent, Sam Gores : "Urgent ! Santa Barbara veut que tu joues Mason Capwell"», explique-t-il.
Cela ne signifiait pas grand-chose pour Thomson, qui n'avait jamais regardé la série et ignorait totalement qui était ce Mason. Il a donc téléphoné à son agent, qui lui a donné rapidement les informations essentielles. Terry Lester, son prédécesseur dans le rôle, quittait la série très soudainement. Mason était au coeur de l'histoire et les scénarios étaient déjà écrits : Santa Barbara devait donc trouver quelqu'un pour prendre - non, plutôt courir - prendre la place de Lester, et vite.
Thomson fut leur choix, même si l'on ignore toujours qui l'avait sélectionné. «Je soupçonne que c'était John Conboy (le producteur exécutif de Santa Barbara)», dit-il. «Tout s'est passé très vite. Il ne pouvait donc pas y avoir eu une très grande commission de sélection.» Dès le lendemain, Thomson déjeunait avec Conboy pour discuter du rôle. «(John) a parlé longuement du personnage, de moi et de la façon dont ils étaient tous ravis... alors que je n'avais même pas encore dit oui», raconte-t-il en riant. Une semaine plus tard, Thomson travaillait déjà. «J'ai fini par faire l'équivalent de quatre épisodes en deux jours. C'était une quantité de travail énorme, et j'ai adoré ça», dit-il. «Les scénarios sont bons. C'est bien meilleur que ce à quoi j'étais habitué.»
Bien que Thomson n'ait jamais travaillé auparavant avec Conboy, il pense que celui-ci connaissait peut-être son travail dans Dynastie. «Je suppose», admet-il. «Mais d'après ce que j'ai compris, il existe une certaine similitude entre Mason Capwell et Adam Carrington. Ils sont tous les deux sombres. Ils sont tous les deux très instruits. Ils sont tous les deux riches. Ils sont tous les deux avocats. Mason a le sens de l'humour, ce que personne dans Dynastie, à l'exception d'Alexis, n'avait. On ne nous le permettait pas.»
Même si Thomson est souvent choisi pour interpréter des personnages riches et sophistiqués, il aimerait beaucoup avoir l'occasion de montrer comment vit l'autre moitié de la population. «On m'avait effectivement proposé un rôle d'ouvrier dans une série de HBO intitulée Le Voyageur», poursuit-il, «mais au dernier moment, je n'ai pas pu le faire pour une raison technique. J'étais censé jouer quelqu'un qui travaillait sur des voitures. Or, je ne sais absolument pas ce qui fait fonctionner une voiture, à part la pédale d'accélérateur. Je suis désespérant», plaisante-t-il. «Ce type travaillait sous les voitures, avait une petite amie blonde strip-teaseuse, une femme geignarde et trois enfants maigres et affamés. Il buvait beaucoup de bière et c'était un Fred Pierrafeu sans humour. Ce type me terrifiait, mais j'aurais adoré le jouer.»
Thomson comprend cependant pourquoi ce genre de rôles est si rare et pourquoi des personnages comme Mason Capwell continuent de lui tomber dessus. «Je ressemble à ce que je suis», explique-t-il. «J'ai fait des études universitaires et je suis un acteur qui aime le langage qu'il emploie. J'ai fait beaucoup de théâtre et je considère que, sauf si l'on vous demande précisément de jouer quelqu'un qui n'est ni instruit ni éloquent, alors, s'il vous plaît, laissez le public comprendre ce que vous dites. Ils ont payé 25 ou 35 dollars pour venir écouter la pièce. Quelle est déjà cette merveilleuse citation de Henry V ? "Doucement pour entendre, avec bienveillance pour juger notre pièce."»
Né au Canada, Thomson s'exprime pour le public américain depuis ses débuts professionnels aux Etats-Unis. Tout a commencé avec son rôle d'Aristotle Benedict White dans Ryan's Hope, en 1981. «C'était un archéologue et, là encore, il était très intelligent, charmant, instruit, ambitieux...», note Thomson. En 1982, l'acteur accède à la célébrité en devenant Adam Carrington. «Dynastie, c'était un régal», raconte Thomson. «Le simple fait d'aller au studio et de travailler avec des gens aussi formidables. C'était un groupe honnête et drôle. Évidemment, toutes les combinaisons ne fonctionnaient pas pendant neuf ans, mais dans l'ensemble, nous nous entendions très bien.»
La série a contribué à propulser ses acteurs vers la célébrité. «Dynastie a certainement été ma grande entrée à la télévision américaine», reconnaît Thomson. «Pour la plupart d'entre nous dans la série, ça l'a été. John James, Jack Coleman et Michael Nader avaient tous déjà joué dans un soap opera. Linda Evans n'avait pas fait grand-chose depuis La Grande Vallée. Joan Collins était une vedette de films de série B qui avait vraiment très envie de travailler. John Forsythe avait toujours été une sorte de figure connue, mais jamais une immense star. Heather Locklear était arrivée de Californie à 19 ans. Et personne ne savait qui j'étais. Nous devons tous énormément à Dynastie en matière de notoriété et bien sûr d'argent... parce que la célébrité est une chose stupide, vraiment. Mais quand vous êtes célèbre, vous êtes payé comme une célébrité, ce qui finit par faire du bien à votre portefeuille.»
Pour Thomson, la richesse, le travail et la reconnaissance arrivèrent après 17 longues années de lutte pour réussir dans ce métier. Il a commencé en 1965 comme apprenti au Stratford Festival, en Ontario au Canada. Ensuite, il a enchaîné «les revues de répertoire hebdomadaires, les comédies musicales, les vidéos promotionnelles, les dramatiques radiophoniques, les dramatiques télévisées, un peu de Shakespeare, divers théâtres régionaux et un peu de cinéma», énumère-t-il. «Tout ce que fait un acteur pour gagner sa vie. Au Canada, le métier d'acteur n'est pas une industrie très importante ni très active... même aujourd'hui. Une carrière y est impossible, ou du moins elle l'était à l'époque. Je me suis simplement habitué à l'idée que j'en avais une maintenant.»
Même s'il lui fallut un certain temps pour s'adapter au succès, Thomson reconnaît qu'il s'est habitué très rapidement à un revenu régulier. Il insiste toutefois sur le fait qu'il ne s'est pas laissé emporter. «Je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. Je vivais très simplement. Je n'ai pas eu de maison pendant les deux premières années de Dynastie. Je vivais dans un appartement qui me coûtait moins de 500 dollars par mois. Je dépensais mon argent en vin, en bougies et en fleurs. Je pouvais enfin me permettre du bon vin rouge et découvrir ce que j'aimais vraiment. Et je voyageais quand je le pouvais.»
Thomson continue de mener une vie relativement modeste dans la maison des Hollywood Hills qu'il possède depuis 1984. «Je passe beaucoup de temps ici», dit-il. «L'endroit où je vis a toujours été une oasis pour moi. C'est important de fermer la porte - sa propre porte - qu'il s'agisse de celle d'un appartement ou d'une chambre dans une maison. C'est votre espace. J'aime le calme. Quand les soirées sont froides, j'utilise beaucoup la cheminée. Faire livrer du bois et le faire empiler dans le garage, c'est formidable. C'est un vrai plaisir d'être ici, la nuit», ajoute-t-il en montrant la vue sur Los Angeles, qui s'étend sur plus d'un kilomètre et demi devant sa fenêtre. «Quand le ciel est clair et l'air vif, avec la Lune, c'est magnifique. J'aime aussi cuisiner. Alors, j'invite parfois des amis à dîner.»
Thomson affiche la même modestie à l'égard de son travail et de sa réussite. «La plupart d'entre nous savent jouer la comédie. Je pense que le talent est la chose la moins chère dans ce métier. La plupart d'entre nous sont simplement sacrément chanceux», dit-il. Ainsi, le seul souhait de Thomson pour l'avenir est peut-être que sa «chance» continue, notamment en ce qui concerne sa participation actuelle dans Santa Barbara. «J'ai signé un contrat de deux ans», dit-il, «ce qui est formidable. Cela leur laisse du temps et m'en laisse à moi aussi... si je survis à ces deux années. J'espère que oui. Je m'amuse énormément. Vraiment.»
«Vous savez, ces moments de votre vie où vous savez, sur le moment même, à quel point vous êtes heureux ?» demande-t-il. «Ils sont rares... lorsque vous pouvez prendre du recul et que vous avez suffisamment de lucidité, d'objectivité et de sérénité pour réaliser à quel point vous êtes véritablement heureux. J'aime mon travail. C'est la chose la plus pure de ma vie. À défaut d'une meilleure comparaison, c'est comme ma religion. C'est ce qui se rapproche le plus d'une église pour moi. Je travaille avec des gens que j'apprécie et qui semblent m'apprécier. Nous avons un respect mutuel. Et j'aime être mis au défi... aller travailler. C'est un plaisir. Je ne m'inquiète pas pour l'argent. J'ai des amis. Je vis dans une maison agréable avec des animaux auxquels je tiens. C'est une existence très heureuse en ce moment», sourit Thomson.