«Je ne veux pas devenir un symbole sexuel !» | |||||
Par David Keeps, Ciné Télé Revue, 1987 |
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Il est l'image même de la jeunesse californienne : beau, sportif, amoureux de la vie ! Pour Todd McKee alias Ted Capwell dans le feuilleton Santa Barbara, la vie ressemble d'ailleurs à un conte de fées : à moins de 24 ans (le 04 novembre prochain), il possède déjà la célébrité, une superbe maison dans la San Fernando Valley, l'assurance de faire une grande carrière. «Je pourrais être le type même de la réussite», sourit-il. «De l'extérieur, les gens voient toujours un garçon parfait mais, à l'intérieur, il y a autre chose !» Débordant d'humour - ce qui le rend extrêmement attachant - modeste dans le triomphe (il parle rarement des centaines de lettres qu'il reçoit chaque semaine), Todd McKee symbolise à merveille la nouvelle génération de jeunes acteurs américains : impossible que le succès leur monte à la tête, ils sont parés contre ce genre de mauvaise surprise. Todd veut simplement qu'on ne l'enferme pas dans un rôle. «Les gens me confondent souvent avec mon personnage», dit-il. «C'est vrai que je suis un peu comme lui. Ted est grand, il est gentil, c'est un bon gars, mais il est difficile de se réveiller tous les matins en étant aussi parfait. Parfois, je ressens l'irrésistible envie de devenir un sinistre tueur ou un homme qui possède le diable en lui !».
Le
rythme du tournage de Santa Barbara, la valse des personnages qui
arrivent puis disparaissent sans raison lui a cependant appris à faire face à
toutes les situations. Un feuilleton quotidien est vraiment la meilleure voie
pour un jeune qui débute... «A l'heure actuelle», explique Todd McKee, «j'ai
déjà eu cinq pères différents, deux mères et trois fiancées, mais je résiste
bien. Ted, pourtant, cherche simplement à être heureux et à savoir sa famille
unie. Si j'avais connu la moitié des problèmes qu'il a traversés, je me
serais jeté du haut de la première falaise venue ! Je ne regrette pourtant
rien. J'ai découvert ce métier par hasard, je ne voulais pas vraiment le
faire, mais une phrase de mon père me revient sans cesse en mémoire : «Tu
sauras», disait-il, «que tu as trouvé ta voie lorsque tu partiras au boulot
en chantant». Et chaque matin, c'est le même miracle : je siffle en quittant
mon domicile...».
Avant
de devenir acteur, Todd McKee travaillait dans un MacDonald, servant des
hamburgers tout chauds à ses clients. Par accident, il fut contacté pour une
audition. Il avoue qu'il la passa avec désinvolture. Sa surprise fut totale
lorsqu'il apprit qu'il avait été choisi ! L'expérience ne fut cependant pas
des plus concluantes : on se contentait de lui demander de sourire face à la
caméra. Cinquante fois par jour ! Puis il y eut Santa Barbara et
tout changea. Todd McKee, avec ses yeux doux d'éternel enfant, partit à la
conquête d'un monde extrêmement chaleureux. «Je ne pouvais deviner ce qui
m'attendait», dit-il. «Je ne croyais pas que je pourrais faire partie de ce
monde-là. Santa Barbara est une famille merveilleuse. Nous nous
retrouvons le week-end pour jouer ensemble à des jeux de société. La semaine
dernière, quelques-uns des producteurs et notre président sont même venus
nous rejoindre. On a joué à une sorte de guerre par ordinateur. Chacun tirait
sur l'autre et tout le monde riait ! J'adore mon travail, j'adore l'équipe. Il
est très important d'avoir des collègues avec qui on s'entend aussi bien. Par
bonheur, il y a déjà trois ans que je suis dans le feuilleton. Faire partie de
la famille centrale m'a beaucoup aidé. Je n'échangerais contre rien au monde
ces trois années parce que j'y ai beaucoup appris. Quand Santa Barbara
monte dans les sondages, je me sens très concerné. Vous recevez un nouveau
script chaque jour mais j'en oublie la difficulté !»
Il
y a dix ans, Todd McKee se croyait pourtant perdu pour ce métier où il faut
des nerfs très solides. Tout jeune adolescent, il s'était battu pour décrocher
le premier rôle d'une pièce où il devait incarner le Père Noël. Mais ses
moustaches blanches se détachèrent et il ne s'en aperçut que lorsqu'il vit
les spectateurs pliés en deux de rire dans leur fauteuil. Alors, il fuit en
coulisses pour pleurer et jura qu'il ne reviendrait jamais plus sur une scène...
Six ans plus tard, pour le grand show de fin d'année scolaire, Todd se souvint
de l'épisode malheureux. Il aurait pu choisir l'équipe de tennis de l'école
pour s'affirmer, mais il décida de jouer la pièce Heaven Can Wait.
Il allait y interpréter un boxeur. Un battant était né. «C'était très drôle»,
dit-il, «parce que j'étais vraiment trop maigre pour le rôle. Mais je me suis
accroché. Quelque chose me disait que je devais le faire. Je ne pouvais pas
rester sur cet échec gravé dans ma mémoire».
Il
était trop maigre... Aujourd'hui, le séducteur a l'impression d'être trop
grand pour tous ses partenaires ! « Je mesure 1m93 pour 81 kilos », précise-t-il.
«Dans ce métier, c'est vraiment grand. Cela a toujours été un problème
quand je passais mes auditions. Les directeurs de casting me demandaient sans
cesse : «Combien mesurez-vous ?» J'avais l'impression qu'à partir d'une
certaine taille, ils éliminaient les candidats ! Un jour j'ai dû donner la réplique
à une fille qui mesurait à peu près 1m50. C'était vraiment très intéressant
parce que nos rôles étaient importants et de qualité. Mais je suis sorti de là
avec un terrible mal au dos !» Pour devenir le séducteur que l'on connaît,
Todd McKee reconnaît qu'il s'est imposé un régime très strict : «Pendant
des mois je n'ai pas arrêté de manger et de faire de la gymnastique», dit-il,
«mais cela n'a vraiment rien changé à mon physique. Finalement, je n'en
souffre pas trop. Les femmes aiment beaucoup mon personnage, surtout les filles
qui ont entre 13 et 20 ans. J'ai même reçu des photos de filles en bikini qui
s'offraient littéralement à moi. Incroyable !»
En dépit de sa popularité, Todd McKee ne se considère pas comme un symbole sexuel. Il ne s'imagine vraiment pas tout nu à l'écran ! «Je ne pourrais jamais faire cela», dit-il. «Je serais trop stupide, trop embarrassé. Je ne pourrais pas même le faire avec une feuille de vigne. N'est-ce pas ainsi que Robert Redford est apparu lorsqu'il est monté pour la première fois sur scène ? Moi, j'en serais incapable ! Mon rêve serait de devenir le prochain James Stewart. Physiquement, nous ne nous ressemblons pas. Mais je ferai tout pour que ma carrière ressemble à la sienne...»