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Michele Val Jean : «Les Dobson me manquent en permanence.»

 Par Nicolas, en exclusivité pour Santa Barbara : le site Français, juillet 2018

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Le 08 juillet dernier, Michele Val Jean a accepté de prendre sur son temps pour répondre en exclusivité aux questions de Santa Barbara : le site Français. La scénariste parle de ses débuts, de sa période dans Santa Barbara de 1991 à 1993, et du processus d'écriture d'un daytime soap-opera.

Comment avez-vous commencé votre carrière en tant que scénariste, et sur Santa Barbara ?

J'étais l'assistante d'un scénariste/producteur de séries de prime-time. Nous avons travaillé sur Magnum, Dans la Chaleur de la Nuit et La Loi Est la Loi. J'ai réalisé que je voulais écrire des soaps et donc j'ai demandé à mon chef (quand nous étions sur La Loi Est la Loi) si je pouvais m'asseoir à des réunions de scénarios afin de voir comment un épisode était organisé. J'ai promis de rester assise en silence dans un coin. Mais quand ils étaient coincés et que j'avais une idée, je levais la main. Au final ils m'ont invitée à rejoindre le cercle. J'ai eu une idée pour un épisode et à mon grand étonnement, ils l'ont retenue. Elle a été bien reçue et j'ai écrit un second épisode la saison suivante, je me suis trouvée un agent qui m'a eu un entretien avec Sally Sussman de Générations. Elle m'a engagée sur le champ et c'est ainsi que ma carrière dans les soaps a commencé. Après que Générations ait été annulé, j'ai été appelée pour un entretien avec Jerry Dobson et il m'a embauchée pour Santa Barbara.

Quel portrait feriez-vous des Dobson ?

Les Dobson étaient merveilleux. Tout comme la série - pleine d'esprit et sophistiquée, mais réaliste et avec les pieds sur terre. Je les aime de tout mon coeur et ils me manquent en permanence.

Santa Barbara était connu pour avoir beaucoup de comédie, d'aventure, et par-dessus tout des intrigues qui avancent beaucoup plus vite que dans les autres daytime soap-operas. Etait-ce quelque chose de spécifiquement demandé par les producteurs ou la chaîne ?

Au moment où je suis arrivée la formule était déjà en place.

Pouvez-vous nous raconter le processus d'écriture d'un soap-opera comme Santa Barbara ? Comment sont décidées les intrigues principales ? Par qui ? Quelle est la place du producteur exécutif et des producteurs dans le travail d'écriture ?

Le processus dépend de la série mais sur chacune d'entre elles, les intrigues sont décidées sur la durée par la chef scénariste - parfois avec des apports de l'équipe, parfois non. Quand j'ai commencé sur Santa Barbara sous les Dobson, j'écrivais des scénarios depuis la maison donc je n'étais pas impliquée dans les réunions de scénarios. Puis Bridget m'a nommée éditrice de scénarios (script editor) et j'ai commencé à y aller. Nous nous rencontrions les lundis/mardis - chefs scénaristes, scénaristes des contours de l'intrigue (outline writers) et moi comme script editor - et nous concevions la semaine à partir des documents de long terme sur lesquels nous travaillions. Les contours étaient écrits et ils partaient aux scénaristes (scriptor writers) et c'est comme cela que la série était écrite.
Les producteurs exécutifs sont responsables du cheminement de la vision à l'écran et des mécanismes de gérer un grand cortège de personnes. Une fois que la semaine était circonscrite, nous allions s'informer de tout ce qui préoccupait Paul Rauch au niveau de la production et j'incorporais ces changements dans les scénarios.

Vous avez travaillé sur Santa Barbara sous au moins trois producteurs exécutifs : les Dobson, John Conboy et Paul Rauch. Comment ces changements ont influencé votre travail en tant que scénariste ? Quelles étaient les différences entre eux tous ?

Je n'ai jamais travaillé avec Conboy. Paul Rauch était là quand je suis arrivée en tant que co-producteur exécutif avec les Dobson. Une fois qu'ils sont partis, il a (occupé le poste) tout seul. Il y a beaucoup d'opinions divergentes au sujet de Paul, mais je dois dire qu'il m'a toujours uniquement encouragée et soutenue. Il m'a gardée comme script editor, ce pourquoi je lui serai toujours reconnaissante. Et mon style d'écriture a été plus influencé en apprenant d'autres scénaristes.

Quand vous êtes arrivée en 1991, afin de préparer les fans au départ de Marcy Walker, Eden a commencé à souffrir de dédoublement de la personnalité avant de quitter la ville. Vous rappelez-vous comment cette intrigue a été initiée ? Avez-vous eu peur qu'elle ne fonctionne pas à l'écran ?

Je ne me souviens pas de quand et comment elle a été initiée et je ne me souviens pas avoir pensé qu'elle ne marcherait pas. Nos acteurs pouvaient faire fonctionner n'importe quoi et Santa Barbara a commis quelques trucs assez outranciers à l'époque !

En 1992, une nouvelle famille a été écrite : les Walker. Jodie, Reese, B.J. et Sawyer sont rapidement arrivés au centre de la plupart des intrigues. Les fans ont regretté que les personnages “historiques” restent à l'arrière-plan ou aient moins d'intrigues dramatiques à vivre. Est-ce un sentiment que vous avez eu à l'époque ?

Honnêtement, j'étais assez nouvelle dans le métier et mon boulot était de réaliser la vision de la chef scénariste. A l'époque il s'agissait de Pam Long.

Dans la même idée, comment un nouveau scénariste peut parvenir à écrire pour des personnages existant depuis des années dans un soap-opera ? Est-ce plus facile d'écrire pour eux comme ils ont déjà une longue vie et un passé, ou est-ce plus facile d'écrire de nouveaux personnages que l'on peut construire soi-même ?

Je trouve plus facile d'écrire pour des personnages établis parce qu'on sait qui ils sont. Vous entendez leur voix et vous savez comment ils réagissent. C'est un peu plus difficile de partir de zéro mais c'est beaucoup de satisfaction une fois que ces personnages prennent pleinement vie.

Sur Santa Barbara, quelle est l'intrigue (ou le personnage) dont vous êtes la plus fière ? Et peut-être la moins fière ?

J'étais seulement fière de faire partie d'une série que j'avais profondément aimée et admirée depuis le premier jour où elle a été diffusée. D'écrire avec une équipe aussi incroyable.

Ainsi, vous avez regardé Santa Barbara depuis qu'il a été diffusé ? Vous étiez une fan de la série et avez réussi à écrire pour elle - quelle belle histoire ! Dans votre souvenir, quels étaient vos personnages et intrigues préférés en tant que téléspectatrice et/ou en tant que scénariste ?

En tant que téléspectatrice, j'ai trouvé que le viol d'Eden était très convaincant et j'ai été bluffée de découvrir que son violeur était son gynécologue. J'ai également été en admiration devant l'écriture de Patrick Mulcahey sur les deux jours du dîner des Capwell (avec Pamela en 1991).
En tant que scénariste, vous apprenez à ne favoriser aucun de vos enfants l'un par rapport à l'autre et j'étais une petite nouvelle à ce moment-là. Juste trop contente d'être là, c'était bien quelque soit les histoires que nous racontions et quelque soit le moment. J'ai adoré écrire pour Julia et Mason et Cruz, Eden et Kelly. Et je pense que que j'ai eu une fierté douce-amère d'écrire le dernier épisode.

Vous avez fait partie de l'équipe qui a connu le tout dernier épisode de la série. Quand avez-vous appris que Santa Barbara allait définitivement se terminer ? Qu'avez-vous pensé de ses évolutions jusqu'à sa fin et que pensez-vous aurait pu le sauver ?

Je pense que nous avons pris connaissance de l'annulation environ six mois avant de quitter l'antenne. Ca a été déchirant. Qu'est-ce qui aurait pu le sauver ? Si je connaissais la réponse, nous aurions encore douze soaps à l'antenne. Davantage de téléspectateurs, certainement. De meilleures audiences.

Vous avez aussi travaillé pour les soap-operas Générations, Port Charles, Alliances & Trahisons / Hôpital Central, et à présent vous êtes sur Amour, Gloire et Beauté / Top Models. Quelles différences trouvez-vous dans votre travail entre ces séries et Santa Barbara ?

Eh bien, je n'ai jamais écrit pour Port Charles. J'ai aidé Lynn Latham quand elle y a débuté en éditant des scénarios pendant environ six semaines jusqu'à ce qu'elle puisse trouver quelqu'un mais ça a été tout. J'ai écrit deux épisodes de General Hospital : Night Shift.
Chaque série a son propre rythme et son style. On ne fait que s'y adapter.

Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez dire à tous les fans de Santa Barbara à travers le monde qui n'ont pas oublié la série ?

Je leur suis si reconnaissante de nous garder tous en vie dans leur coeur. Pour apprécier ce monde merveilleux que les Dobson ont créé et n'avoir jamais hésité dans leur amour et leur respect pour lui. Avec tous les nouveaux moyens de regarder la télévision, c'est mon souhait que la fidélité soit récompensée un jour et que Santa Barbara soit rediffusé quelque part. Cela serait fantastique.

 

Encore tous mes remerciements à Michele Val Jean pour son temps et son amour pour Santa Barbara.