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A Martinez : «Jouer Cruz a enrichi ma vie comme peu d'autres choses.»

 Par Nicolas, en exclusivi pour Santa Barbara : le site Français, juillet 2009

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Le 28 juillet dernier, A Martinez a accepté de prendre sur son temps pour répondre en exclusivité aux questions de Santa Barbara : le site Français. L'acteur parle de sa famille, de ses années Santa Barbara avec et sans Marcy Walker, de son métier d'acteur et de sa vie depuis son départ de la série.

Les débuts avant Santa Barbara

Tout d'abord, parlez-nous un peu de vous : quel âge avez-vous aujourd'hui ? Où vivez-vous ? Quand ils étaient petits, nous avons vu des photos de vous et vos enfants dans la presse. Bien sûr, ils doivent avoir grandi depuis. Quel âge ont-ils à présent ? Que font-ils ? Certains d'entre eux veulent-ils commencer une carrière artistique comme leur père ?

Je vis à Malibu, en Californie, avec ma femme Leslie et nos enfants. Notre plus jeune fille a encore deux années de lycée à faire, et vit avec nous toute l'année. Nos deux autres enfants sont à l'université à Los Angeles, mais sont à la maison avec nous pendant les mois d'été, et nous sommes heureux de les avoir ici à nouveau, comme nous savons qu'il n'y aura probablement pas beaucoup d'autres étés où nous partagerons tous la même maison.

Tous nos trois enfants sont des artistes et des interprètes, et nous avons consacré cet été à devenir de meilleurs musiciens (y compris moi-même). C'est important de découvrir et développer sa "voix" - dans tous les sens du terme - si vous voulez devenir une personne qui consacre sa vie à raconter des histoires. C'est donc ainsi le thème de ces mois-ci, et nous mesurons les progrès dans les petites avancées, jour après jour.

Chacun des enfants a une vidéo accessible sur YouTube. Un bon extrait serait :

Dakota : http://www.youtube.com/watch?v=Wo76gbO_vfM

Devon : http://www.youtube.com/watch?v=LNsIWDIndj4

Ren : http://www.youtube.com/watch?v=zfbROTQqLvo

J'ai toujours pensé que, particulièrement avec un rôle sur le long terme, la personnalité d'un acteur transparaissait. Ainsi, pourriez-vous être décrit comme quelqu'un de très droit, gentil et très équilibré tout comme Cruz l'était ?

Cruz et moi partagions une paire de choses - un certain sens de l'humour et un sens de l'attachement au pouvoir d'un grand amour - mais sa vie lui a offert bien plus de défis et d'aventures que ma vie a connus durant ces brèves années où j'ai été amené à l'interpréter. Il était un professeur pour moi. Et il est advenu être comme un frère. Quand j'ai dû le quitter, je suis rentré dans un véritable état de deuil, comme s'il y avait eu un décès dans ma famille. Ca a été un chagrin parmi les plus forts de ma vie, mais ça a été dur d'en parler. Il y avait tant d'autres merveilleuses choses qui se passaient à ce moment-là, et c'était difficile d'expliquer combien il me manquait profondément.

Quand avez-vous su que vous vous vouliez devenir acteur ?

J'ai su que je voulais être acteur à ma première "strike" (C'est l'événement qui suit la dernière représentation d'une pièce, quand tout le monde se rassemble pour démonter les éclairages et démonter les décors et rendre le plateau à son état naturel d'espace vide.). Ce rituel marque la tracée des chemins pour ceux qui se sont regroupés pour raconter cette histoire en particulier. Ce qui a commencé avec un groupe d'étrangers s'est fini avec une famille. La proximité qui s'est développée entre les personnes qui ont partagé cette intimité et fait face au jugement du public ensemble - qui apprennent à dépendre les uns des autres pour leur succès ou leur échec - est un lien très fort. Mais il est éphémère. Il disparaît avec la dispersion du groupe, et vous avez envie de le ressentir de nouveau.

Comment avez-vous commencé votre carrière ?

J'étudiais le théâtre à l'UCLA quand j'ai été "repéré". Un directeur de casting nommé Fred Roos recherchait de jeunes acteurs pour auditionner pour un film sur les tensions raciales à la California High School, et il a débarqué pour regarder tranquillement derrière un écran un cours de comédie que je suivais. Le cours était consacré à des exercices d'improvisations appelés "jumps," où les comédiens s'assoient en cercle tournés vers le centre, et dans un ordre aléatoire commencent des scènes avec d'autres en se levant et en demandant des choses à certains (Celui à qui on demande refuse de donner ce qui est demandé - de là, instant de conflit, l'essence du drame). Pendant le cours de deux heures où M. Roos regardait notre classe, trois de mes camarades m'ont "pris" dans trois différentes "scènes", et il a suffisamment aimé mon travail pour me conduire à un essai pour le film dont il dirigeait le casting. Il s'intitulait Born Wild.  J'ai obtenu le rôle.

 

La période de Santa Barbara

Comment avez-vous débuté dans Santa Barbara ?

Quand mon agent m'a présenté l'audition pour Santa Barbara, il a dit que la série était un feuilleton de prime-time hebdomadaire - comme Dallas ou Dynastie. Ce genre de séries nécessite sept jours de tournage par épisode. Il y a 22 épisodes par saison, et il y a donc une longue pause entre les saisons. Ce n'est que lorsque j'ai passé l'audition pour Santa Barbara que j'ai réalisé que c'était un feuilleton quotidien, qui tournerait un épisode d'une heure par jour, et ne ferait jamais de pause entre les saisons. La série serait aussi jouée davantage comme au théâtre en direct, et enregistrée simultanément par trois ou quatre caméras. J'étais très méfiant de ce genre de procédé, pensant qu'il serait impossible de faire du bon boulot dans de telles circonstances. Donc quand ils m'ont offert le rôle de Cruz, j'ai dit : "non" - à trois reprises. Cependant, les producteurs pensaient que j'étais seulement en train de négocier pour un meilleur salaire, et ils continuaient à revenir avec de meilleures offres. A un moment, quelqu'un de la série a eu une conversation avec mon manager et l'a convaincue que je faisais une erreur stupide de passer à côté de cette opportunité - puisque Cruz Castillo avait une chance de devenir un personnage bien plus intéressant que la plupart de ceux que j'avais joués jusque là (Je travaillais déjà en tant que professionnel depuis 16 ans.). Mon manager, merci Mon Dieu, m'a convaincu d'essayer. Quand je regarde en arrière maintenant - je suis stupéfait que j'ai pu autant douter des merveilleuses possibilités de la série. Mais je n'étais pas un fan des daytime soaps. Et je n'avais pas encore rencontré Marcy Walker.

Saviez-vous à votre arrivée dans la série que Cruz aurait une histoire d'amour avec Eden, et deviendrait le principal héros de la série quelques mois après ?

Cruz était censé être un personnage impliqué émotionnellement avec la famille Andrade, dont l'attache serait le personnage de Santana. C'est essentiellement parce que le programme souffrait de débuts difficiles qu'on a donné une chance au couple de Cruz et Eden. A ce moment-là, il y avait un fort consensus sur le fait que la série ne marchait pas très bien. Elle avait des dépassements de budget spectaculaires à cause d'incroyables longues heures de tournage, et elle ne produisait que de maigres audiences (Chacun d'entre nous était épuisé. Nous avions déjà produit trente ou quarante épisodes avant d'enfin en terminer un avant minuit, et nous commencions à travailler sur le suivant à 6 heures le lendemain matin. Certains des acteurs dormaient dans leur loge - trop fatigués pour conduire jusqu'à la maison.).

En recherchant un moyen de faire une série avec davantage de succès, un dirigeant de NBC a commencé à demander du changement au personnel de la production. Jill Farren Phelps, qui quittait le département musical pour devenir productrice à ce moment-là, a suggéré de donner à Marcy et à moi une chance de révéler ce que nous pouvions faire ensemble. Les scénaristes ont eu pour instruction de donner à nos personnages trois jours d'intimité forcée, en étant réunis ensemble sous surveillance - et enfermés dans une pièce pendant un long week-end.

Marcy, de son côté, est revenue avec un background qui expliquait dans beaucoup de détails ce qui avait "mal tourné" entre eux deux dans "le passé", et elle m'en a fait entièrement part. Puis Mlle Phelps nous a reçus et a dit : "Peu importe ce qui est écrit, peu importe ce que le réalisateur envisage que vous fassiez avec ces scènes - c'est à vous deux de prendre la responsabilité pour eux. Si vous n'aimez pas les dialogues, changez-les. Si vous n'aimez pas les marques à respecter, fixez-les. Ne revenez pas sur ces trois jours et vous plaindre qu'ils n'ont pas été bien utiles. C'est votre tournage. Saisissez-vous en."

Marcy et moi avons ainsi été spécifiquement mis au défi et spécifiquement autorisés. Nous nous sommes rencontrés en privé, avons travaillé sur le matériau et fait ressortir ce que nous voulions en faire. Nous savions que la situation avait besoin d'arriver à un climax émotionnel avec nous deux allongés sur le sol - SURPRIS - et excités par cela. C'est donc ce que l'on a fait. Et le public a vraiment aimé ça.

En tant que personnage principal de la série, Cruz a connu de nombreuses aventures tout au long de la série. Quelles ont été vos intrigues préférées et celles que vous avez particulièrement détestées ?

L'intrigue que j'ai respectée le plus est celle qui était construite autour de la souffrance d'Eden après son viol. Cela a impliqué de se rendre sur un territoire épouvantable, émotionnellement, pour chacun d'entre nous. Mais cela a aussi donné à Marcy une chance de montrer toute la majesté de son incroyable talent - et courage -  et elle a libéré chacun d'entre nous autour d'elle pour aller dans des endroits où nous n'étions jamais allés. Je n'avais jamais vu de meilleur travail, et elle l'a poursuivi pendant des semaines. Etre aussi proche de cela a été un honneur. Elle a gagné un Emmy pour ça, et le profond respect de ses pairs.

La pire histoire - de loin - est celle qui faisait prétendre à Eden d'être quelqu'un d'autre alors qu'elle commençait à faire son départ. Le public était supposé croire que Cruz ne la reconnaîtrait pas, même s'ils dansaient ensemble, simplement parce qu'elle portait un déguisement. C'était une insulte pour tout ceux qui étaient concernés - le genre de connerie de scénario type que même un public aussi fidèle que le nôtre ne pourrait jamais pardonner.

La famille Castillo apparaît petit à petit dans Santa Barbara : en premier la mère de Cruz, puis sa soeur, son frère, son père, finalement son frère caché... Comment avez-vous apprécié de découvrir tous ces personnages seulement années après années ? Jouer des membres d'une même famille dans une série crée-t-il des relations particulières entre acteurs ?

L'introduction de sa famille a rendu Cruz plus intéressant à jouer avec le temps. Beaucoup est révélé de ces relations, n'est-ce pas ? Il s'avère que j'avais précédemment eu de bonnes expériences de jeu avec les deux acteurs qui jouent les parents de Cruz - Carmen Zapata et Henry Darrow. C'était la troisième fois que je jouais le fils de chacun d'entre eux, donc nous avions déjà une bonne connaissance de nos rythmes mutuels au moment où nous avons commencé Santa Barbara.

Récemment j'ai été amené à voir les scènes où le père de Cruz, Rafael, quitte Cruz seul dans le désert avec une bouteille remplie d'ayahuasca pendant l'intrigue sur Robert Barr. Henry a été très fort dans ces scènes, me rappelant les jours où j'ai posé les yeux sur lui pour la première fois des années auparavant dans une série appelée Le Grand Chapparal. Il jouait un type appelé Manolito dans cette série - le personnage le plus absolument cool - donc j'étais devenu un de ses fans avant d'avoir à travailler avec lui.

Quels ont été vos partenaires de jeu masculin et féminin préférés en tant que Cruz Castillo ?

C'est un peu difficile à répondre, parce que j'ai eu à partager des scènes avec littéralement des douzaines d'acteurs qui m'ont laissé le sentiment d'avoir été privilégié par cette expérience. Mais Marcy, bien entendu, tient une place à part. Pas seulement dans le contexte de la série, mais en tant que personne cruciale dans ma vie.

L'histoire d'amour entre Eden et Cruz était célèbre pour sa force et l'incroyable alchimie entre vous et Marcy Walker. Mais pensez-vous que le fait que Cruz avait des origines hispaniques et qu'Eden était la parfaite blonde américaine a joué pour le succès de leur couple ?

Quelqu'un m'a dit une fois que le succès de Cruz et Eden avait beaucoup à voir avec leur apparence. Mais pour moi, l'aspect le plus important de leur succès était simplement que Marcy et moi abordions notre travail d'un point de vue très similaire. Et ça, bien entendu, n'était rien de plus qu'un coup de chance. Cela nous a permis de comprendre les besoins de l'autre très rapidement. Et à partir de cette rapide entente, nous avons construit une solide, profonde et authentique relation amoureuse entre nous qui a semblé se "refléter" dans les personnages alors qu'ils évoluaient ensemble à travers les étapes de leur vie merveilleusement écrite.

Récemment, Marcy Walker, dans une interview pour un reportage télévisé français, a dit qu'elle avait apprécié de jouer avec vous dans Santa Barbara, et avait un grand respect à votre égard. Que pouvez-vous nous dire à son sujet et sur les années que vous avez passées ensemble dans la série ? Que pensez-vous de son choix de mettre un terme à sa carrière d'actrice ?

J'ai un grand respect pour Marcy également. L'aspect le plus difficile de tout ceci a été notre lutte pour trouver un moyen d'empêcher les rapports que nous avions bâtis au travail de détruire nos vies. Il n'existe aucun livre où vous pouvez lire et apprendre comment y arriver, et personne ne vous l'explique en cours de comédie. Nous avons dû y arriver par nous-mêmes, et cela n'a pas été facile.

A un moment, toute la pression avait commencé à menacer notre capacité à être bon l'un envers l'autre. Mais nous avons été assez chanceux pour se voir offrir d'apparaître à une convention un week-end à l'autre bout de l'Amérique loin des studios de Californie. Nous avons traversé ensemble le pays jusqu'à Boston, fait une longue route en voiture jusque Rhode Island, avons dîné ensemble, avons fait une longue apparition ensemble le matin suivant, avons déjeuné dans le calme, repris la route du retour pour Boston et volé jusque Los Angeles. Ca a été la première opportunité que nous avions eue pendant des années de passer autant de temps avec l'autre sans la pression constante du tournage. Nous avons pu parler du moindre petit détail de ce que nous avions vécu, y compris ce qui était devenu douloureux et n'avait pas été guéri. Cela a restauré notre relation de la plus merveilleuse des façons, et nous a permis de terminer notre course ensemble comme les meilleurs des alliés. Cela a renforcé notre amitié, qui à son tour a renforcé notre travail.

Une chose qui est devenue évidente pour moi est qu'une carrière d'acteur n'est pas nécessaire pour subvenir au bonheur de quelqu'un. Ceci étant dit, je n'ai jamais, jamais pensé à Marcy sans imaginer à quoi ça ressemblerait de jouer de nouveau avec elle. Comment mes rêves pourraient-ils en être autrement ?

En France, nous n'avons jamais vu les épisodes que vous avez tournés à Paris en 1989. Quels souvenirs gardez-vous de ce voyage ? Comment expliquez-vous que Santa Barbara était si populaire en France ?

Je n'oublierai jamais le voyage à Paris. Etre acclamé avec une telle excitation dans la plus belle des villes est au-delà de royaume du raisonnable.

Après que le premier jour de tournage soit terminé, j'étais à peine retourné à ma chambre d'hôtel quand j'ai entendu frapper fortement à la porte. J'y ai répondu pour trouver deux filles de seize ans complètement désespérées qui avaient échappé à la sécurité pour me rencontrer et étaient sur le point d'être jetées dehors par un gardien de l'hôtel qui arrivait dans le couloir. Les filles me suppliaient de les laisser entrer, et je l'ai fait, en renvoyant le gardien, mais je m'inquiétais que la situation ne soit pas bonne. Une des filles m'a dit que toute sa famille se consacrait à regarder Santa Barbara, et quelle avait décidé de venir me prendre à l'hôtel et m'emmener chez elle à son appartement pour la soirée, car c'était l'anniversaire de sa mère, et qu'elle voulait la surprendre. Je ne voulais pas faire ça, parce que je me sentais très fatigué par le décalage horaire, et avait eu une semaine de travail difficile derrière moi. Mais il est soudain devenu clair que mon désir de ne pas aller avec elles ne pourrait pas contrecarrer l'intensité de leur désir de me voir venir. Alors j'y suis allé. Alors que je quittais l'hôtel avec ces deux jeunes filles, Marcy était en train de parler dans le hall, et m'a jeté un regard comme pour me demander : "As-tu perdu la tête ?".

Cela s'est avéré être l'une des soirées les plus mémorables de ma vie. La mère de la fille était en extase de voir "Cruz" arriver chez elle. Il s'est avéré que son père était aussi un fan enthousiaste de la série (la famille avait dédié un mur entier d'étagères à une vidéothèque avec tous les épisodes qui avaient été diffusés depuis le début de la série en France). Comme mon français n'est pas des meilleurs (surtout après un verre de vin ou deux) je mélangeais l'anglais et l'espagnol, et sa fille et son amie parlaient toutes les deux anglais en plus du français - ainsi nous avons été capables de conserver des échanges joliment multi-langues entre nous. Nous avons fini par avoir passé un merveilleux repas ensemble et parlé pendant des heures non pas seulement de la série, mais aussi de la nature de nos pays, la véritable dynamique des forces qui font nos vies, les principaux noyaux de nos histoires de famille mutuelle, etc etc. C'était une nuit tout à fait inattendue, magique. J'avais été réticent à partir avec ces filles, mais je suis à jamais reconnaissant qu'elles m'aient fait plier à leur volonté.

Comment considérez-vous les évolutions que Santa Barbara a connues à travers les années ? Quelles ont été les raisons de la chute des audiences dans les années 90 (Mauvais scénarios ? Départ de personnages importants ? Manque de personnages excentriques comme Kirk ou Keith ? Manque d'humour ?) ? De plus, quelle était pour vous la touche des Dobson sur Santa Barbara ?

Pour moi, la période centrale de la série était celle avec le plus de résonance.

Il y a eu plusieurs années où tout marquait sa cible et marchait. Comme toujours, la clé était la qualité de l'écriture, qui était très forte; et les conseils de Mlle Phelps, qui est un génie de raconteur d'histoires, comprend la vraie nature du travail d'acteur, et est disposée à subir l'inconvénient d'accorder à un groupe entêté et pugnace comme nous l'étions à trouver une véritable voix comme une entreprise. Presque toutes les personnes impliquées ont évolué d'une manière plus confiante alors que la qualité de la série se développait, et le travail de tout le monde a semblé continuer à s'améliorer pendant un certain temps.

La perte de Justin Deas - qui était si courageux et brillant en tant que Keith Timmons - a été un tournant. Certains acteurs ne peuvent être remplacés. Il en fait partie.

Marcy est partie.

A un moment, NBC a décidé que la série avait un "problème", qui était que ça avançait trop vite, et ainsi rendait confus les téléspectateurs qui n'avaient pas regardé depuis un moment. L'idée est soudainement devenue : "Ce genre de série a besoin d'avancer très lentement, ainsi les gens peuvent rater quelques semaines, et encore savoir exactement ce qui se passe quand ils y reviennent". Mais le public de Santa Barbara était de celui qui aimait le rythme plus rapide qu'il avait établi, et cela n'a pas servi ce public de voir la série réinventée en un soap-opera plus typique.

La confiance des téléspectateurs, spécialement pour une série qui dépeint une si grande communauté et demande à ce que tant d'attention soit dépensée pour la suivre, est trop facilement perdue quand on la traite avec dédain. Certaines des intrigues qui ont suivi ont été remarquablement ignorantes et irrespectueuses de la loyauté et des attentes du public.

Les Dobson, bien entendu, ont été les gardiens de la vision originelle (ils avaient en fait vécu un moment à Santa Barbara) et on doit leur donner le crédit pour la sagesse de leur foi dans la viabilité de la série. Mais un feuilleton télévisé est une bête épuisante qui exige d'être nourrie à un rythme furieux. Au moment où la série s'est terminée, il s'était fait un grand écart avec la vision originelle. Certains de ces changements l'ont bien servie, mais d'autres non. Quoique la série ait semblé s'effondrer plus tard dans sa course, il me semble qu'elle "s'est retrouvée" à nouveau dans l'année avant que la fin advienne.

Comment avez-vous vécu le départ de Marcy Walker en 1991 ? Pensez-vous que le personnage d'Eden aurait pu être redistribué ?

J'étais content pour Marcy car elle avait trouvé une superbe opportunité. Et j'ai été si reconnaissant que personne ne suggère à un moment que le rôle d'Eden soit redistribué. Ca aurait été un crime contre nature.

Comment avez-vous vécu le fait que Cruz ait une histoire avec Kelly, sa belle-soeur, après le départ d'Eden ?

Je pensais que  c'était une relation logique à tenter, bien qu'elle soit évidemment condamnée à chanceler en comparaison, et j'ai vraiment beaucoup apprécié la jouer. La vie continue, même après une grande perte, et prétendre que ça ne le devrait pas semble insensé.

Beaucoup de fans de Santa Barbara considèrent votre départ en 1992 comme la vraie fin de la série. Qu'en pensez-vous ? Avez-vous continué à regarder la série après cela ?

Je n'ai pas ressenti que mon départ était la fin de la série. En fait, je m'attendais à y revenir à certains moments, comme la série remportait beaucoup de succès à travers le monde, et j'imaginais que cela se poursuivrait pour de nombreuses années à venir. Ce que je n'avais pas compris est l'importance du fait que NBC n'en avait pas les droits. New World Television en était propriétaire, et NBC ne bénéficiait pas financièrement du succès international de la série. NBC est venu à penser qu'ils pourraient faire plus d'argent avec une série de leur propre création avec moins d'audience, et le temps aura prouvé que NBC avait raison en ce sens.

Au moment de mon départ je travaillais trop d'heures pour regarder avec la même régularité que par le passé, mais je parvenais à voir la série assez souvent pour garder le repère du sens et des histoires.

Quelle intrigue pour Cruz vous aurait décidée à rester dans Santa Barbara ? Que pensez-vous que Cruz peut avoir fait après 1992, au Mexique ?

Je suis parti parce qu'on m'offrait un rôle dans La Loi de Los Angeles, qui était une série avec une solide histoire. En rejoignant cette série, j'ai augmenté mes chances d'avoir le genre de carrière qui vous permet de vous tester dans une grande variété de voies, et vous permet de rester en vie dans ce métier très difficile.

Mais au cas où Cruz serait revenu, du fait de la distance à laquelle il avait été exilé, il se serait dévolu à retrouver Eden.

Si vous n'aviez pas joué Cruz, quel personnage auriez-vous aimé jouer ?

Je ne peux pas imaginer en jouer un autre.

Etes-vous resté en contact avec des membres de la distribution ou de l'équipe après votre départ ?

Je suis resté en contact avec beaucoup de monde de la série, à la fois de la distribution que de l'équipe technique. Une des plus notables relations est celle que ma famille a avec Lane Davies (qui joue le frère d'Eden, Mason). Lane a non seulement dirigé mes deux filles sur scène ces dernières années, mais il a même essayé de faire aller ma femme Leslie sur scène avec lui à un certain moment - et elle a presque dit oui malgré qu'elle ne se considère pas comme une actrice ! (Elle est en fait très douée pour ce qui est des capacités de base - et très belle - et Lane, bien sûr, sait cela à son sujet.). Nous avons un immense amour pour lui, et je l'ai toujours considéré comme un merveilleux acteur, aussi bien qu'un ami cher et l'un des hommes les plus sages que j'ai jamais rencontrés.

En parlant d'homme sage, je m'assois sur le sol de la bibliothèque magique d'un ancien ami de la distribution de Santa Barbara, Leigh McCloskey, tous les mardis soirs (comme le font mes enfants quand ils sont en ville) et je participe à un groupe de discussion suivi qu'il accueille dans cette pièce depuis vingt sept années. Nous lisons actuellement le livre Perennial Philosophy, d'Aldous Huxley - en avançant de cinq à six pages au début de chaque session - et nous passons alors les deux heures suivantes à parler de ce que nous avons lu. Leigh n'est pas seulement un bon acteur, mais un bon artiste aussi, et ses efforts pour exceller dans ce qu'il décrit comme l' "art de la conscience" est inspiré de plusieurs personnes qui ont été amenées à le rencontrer. Si vous êtes curieux, regardez ici : http://www.leighmccloskey.com

 

Ces 17 dernières années après Santa Barbara et maintenant

Vous avez joué dans des daytime soap-operas, des séries de prime-time, des films... Quelle différence faites-vous entre tous ces genres de programmes en tant qu'acteur ? Lequel d'entre eux préférez-vous ?

Si j'avais à faire un pareil choix (et je suis heureux de ne pas avoir à le faire), je choisirais probablement les feuilletons quotidiens comme favoris, même si le rythme est difficile à maintenir. Il y a de la liberté dans le sens où les acteurs jouent les scènes comme dans un théâtre - d'une seule traite et n'importe quelle surprise qui peut survenir le long du chemin peut être répliquée, en toute liberté et dans l'immédiateté - sans répétition et sans la nécessité de jouer la scène de la même manière plusieurs fois pour obtenir tous les différents angles et les parties à réunir ensemble ensuite.

Mais à la fin de la journée, c'est la collaboration qui fait ou casse tout effort dramatique. Quelle est l'histoire ? Comment les mots ont-ils été interprétés ? Qui sont vos collègues dans le dispositif ? C'est pourquoi les acteurs montent parfois en flèche dans de modestes circonstances, alors qu'ils peuvent s'effondrer et se brûler parfois les ailes même quand des océans d'argent ont été dépensés.

A la télévision française, on vous a vu dans La loi de Los Angeles, Profiler et beaucoup de films que vous avez faits pour la télévision. Malheureusement, nous avons raté tous vos rôles dans les daytime soap-operas où vous avez joué (Alliances et Trahisons / Hôpital Central, On ne Vit qu'une Fois récemment...). Jusqu'à aujourd'hui, quels ont été vos rôles préférés en tant qu'acteur ?

J'ai adoré le rôle de Juan Cortina que j'ai eu à jouer dans The Cherokee Kid, avec Sinbad (Leslie dit que je ne suis jamais rentré à la maison autrement qu'en grande forme après ce boulot.). Et j'ai aimé jouer Coop dans Profiler, énormément. Il était bien plus branché que je le suis, et c'était amusant de se sentir ainsi pour une fois. Mais j'ai adoré Cruz comme aucun autre.

Avez-vous des projets pour cette année ?

Je suis en train de travailler à aider à réunir des scénarios pour deux projets de films en ce moment. Tous les deux sont politiquement motivants. Le monde devenant plus difficile à vivre pour la plupart d'entre nous, je pense qu'il est impératif que nous nous levions pour dire la vérité sur la corruption qui menace de détruire ce qui est le plus précieux dans la plupart de nos vies. Comme n'importe quel parent, je m'inquiète pour le futur de mes enfants, mais les choses sont arrivées ridiculeusement hors de portée de main, et le temps de conserver notre silence frustré appartient au passé.

Trouvez-vous plus facile ou plus difficile d'être acteur aujourd'hui qu'au moment de vos débuts ?

Cela semble plus dur de débuter aujourd'hui que ça l'était quand j'ai commencé. Il y a plus de gens qui entament une carrière d'acteur qu'il était d'usage, et la qualité de leurs compétences est généralement beaucoup plus élevée, donc la compétition est difficile. Mais cela reste un travail héroïque à tenter - comme un passage à une véritable vie existentielle - et je me considère très chanceux de l'avoir entrepris.

Que voudriez-vous dire à tous les fans de Santa Barbara à travers le monde ?

Je veux exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui ont investi leur temps et leur attention aux histoires de la communauté qu'était Santa Barbara. Votre enthousiasme et votre soutien nous ont permis à tous qui avons travaillé sur la série de ressentir que nos efforts pour faire de notre mieux n'ont jamais été gâchés.

Jouer Cruz a enrichi ma vie comme peu d'autres choses. Le challenge personnel de décider comment aborder ses changements fréquents de luttes m'ont fait prendre des décisions à propos de ce qui m'importait vraiment que je pourrais facilement éviter pendant des années - si non à tout jamais. Il est devenu un professeur inestimable pendant les années que j'ai passées avec lui, et pour cette merveilleuse opportunité je suis redevable aux fans de la série.

Donc à chacun et tous ceux d'entre vous qui ont prêté suffisamment d'attention pour passer ce temps avec nous, laissez-moi simplement dire - du plus profond de mon coeur - merci.

 

Encore tous mes remerciements à A Martinez pour son temps, sa gentillesse et sa sincérité.